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. Avec seulement 5 à 6 % de minorités nationales et ethniques vivant sur son territoire, l’Albanie est un cas singulier au sein de la communauté balkanique, connue pour ses débordements d’ordre ethnique. Cela s’explique en premier lieu pour des raisons historiques, liées à la création de l’État albanais. Dernier-né de la région, à la veille de la Première Guerre mondiale, il a du accepter des solutions territoriales qui correspondaient plutôt aux convoitises des voisins rapaces qu’aux vœux des Albanais. Le résultat se passe de commentaires : les frontières ont été tracées bien à l’intérieur de l’aire de peuplement de l’ethnie albanaise ce qui a fortement réduit les probabilités d’inclusion des populations étrangères au sein du nouvel État. Cela étant dit, vu le chevauchement inextricable des populations balkaniques, il a du recueillir quelques dizaines de milliers de Grecs, quelques milliers de Macédoniens, quelques centaines de Monténégrins et un nombre indéfini de Valaques ou de Roms (quelques dizaines de milliers pour chacune communauté ?) – une misère par rapport à quelques centaines de milliers d’Albanais restés dehors.. Suivant leur degré de sédentarisation et d’attachement avec leur pays d’origine, on distingue des minorités nationales ou les rassemblées (Grecs, Macédoniens et Monténégrins) et les minorités ethniques ou les dispersées (Valaques et Roms, Juifs et Arméniens).
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. La minorité grecque, la plus nombreuse et la plus organisée du pays, a des profondes racines
dans les districts méridionaux de Gjirokastër, de Delvinë et de Sarandë tandis que des groupements plus ou moins homogènes de grécophones vivent dans le pourtour frontalier ainsi que sue la côte ionienne (Himarë). Au nom de cette minorité, la Grèce a toujours réclamé ses droits territoriaux sur une large zone du Sud albanais - l’Épire du Nord - et cela, dès le lendemain de la proclamation de l’indépendance albanaise. Malgré le tracé définitif de la frontière méridionale en 1914 et les rectifications successives en 1923, l’État hellène n’a jamais cessé de réclamer son « dû », incitée sans doute par la faiblesse chronique de son voisin. Cela a généré une tension constante dans les relations réciproques, poussant inévitablement les autorités de Tiranë à sanctionner la minorité grecque.
dans les districts méridionaux de Gjirokastër, de Delvinë et de Sarandë tandis que des groupements plus ou moins homogènes de grécophones vivent dans le pourtour frontalier ainsi que sue la côte ionienne (Himarë). Au nom de cette minorité, la Grèce a toujours réclamé ses droits territoriaux sur une large zone du Sud albanais - l’Épire du Nord - et cela, dès le lendemain de la proclamation de l’indépendance albanaise. Malgré le tracé définitif de la frontière méridionale en 1914 et les rectifications successives en 1923, l’État hellène n’a jamais cessé de réclamer son « dû », incitée sans doute par la faiblesse chronique de son voisin. Cela a généré une tension constante dans les relations réciproques, poussant inévitablement les autorités de Tiranë à sanctionner la minorité grecque..
. Combien d’individus compte-t-elle cette minorité grecque ? Les estimations ont toujours été contradictoires : en 1922, une enquête menée sous les auspices de la Société des Nations, a établi
à 22.500 le nombre des grécophones en Albanie (note 1). En 1989, les sources officielles albanaises rapportent le chiffre de 59.000, soit 2 % de la population de l’époque (note 2). Sans hésiter, les lobbies Épirotes d’Athènes répondent que tout cela est archi-faux car, selon leurs estimations, l’Albanie abrite 400.000 grecs sinon d’avantage, soit plus de 12 % de sa population. Jouant l’arbitre, le gouvernement des États Unis d’Amérique avance « prudemment » le chiffre de 266.000, soit 8% de la population. On aurait envie de dire, à priori, que le gouvernement albanais souhaitait minimiser la présence de la minorité grecque sur son territoire, que les chauvins grecs voulaient surgonfler les effectifs pour mieux appuyer leurs revendications territoriales et que les Américains étaient désintéressés, autrement dit objectifs. Qui devait-on croire ? Une dictature communiste qui régnait par la terreur politique, une démocratie naissante européenne qui défend un groupe minoritaire humilié ou le premier pays démocratique du monde qui veille sur la défense des droits de l’homme ?
à 22.500 le nombre des grécophones en Albanie (note 1). En 1989, les sources officielles albanaises rapportent le chiffre de 59.000, soit 2 % de la population de l’époque (note 2). Sans hésiter, les lobbies Épirotes d’Athènes répondent que tout cela est archi-faux car, selon leurs estimations, l’Albanie abrite 400.000 grecs sinon d’avantage, soit plus de 12 % de sa population. Jouant l’arbitre, le gouvernement des États Unis d’Amérique avance « prudemment » le chiffre de 266.000, soit 8% de la population. On aurait envie de dire, à priori, que le gouvernement albanais souhaitait minimiser la présence de la minorité grecque sur son territoire, que les chauvins grecs voulaient surgonfler les effectifs pour mieux appuyer leurs revendications territoriales et que les Américains étaient désintéressés, autrement dit objectifs. Qui devait-on croire ? Une dictature communiste qui régnait par la terreur politique, une démocratie naissante européenne qui défend un groupe minoritaire humilié ou le premier pays démocratique du monde qui veille sur la défense des droits de l’homme ?.
. Toutefois, le « coupable » se voyait de loin : il s’agit de la Société des Nations – le plus désintéressé et le plus neutre de tous. En effet, il était simplement impossible que 67 ans plus tard, la population grécophone de l’Albanie puisse être multipliée par 17,8 – selon les prétentions du gouvernement d’Athènes, voire même par 11,8 – en conformité avec les calculs de Washington. Pour une fois, Tiranë pouvait se sentir comblée car selon elle, la croissance de la minorité grecque demeurait dans les normes de la croissance moyenne de la population globale du pays (2,65 fois contre 2,80 fois).
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. La meilleure façon de découvrir la vérité était de regarder de près cette minorité grecque. Il est vrai que depuis des années, elle avait subi de nombreuses restrictions de ses droits religieux, linguistiques et culturels. Pire encore, elle ne pouvait pratiquement pas communiquer avec le monde hellénique, à deux pas de la frontière, ni se ressourcer dans la culture de ses ancêtres. Malgré tout, elle pouvait s’exprimer librement en privé et en public dans sa langue d’origine, elle jouissait d’écoles primaires et de publications en langue grecque, d’une filière de formation de maîtres d’école toujours en cette langue, ses représentants siégeaient dans les plus hautes instances politiques du pays. Mieux encore, elle bénéficiait de la reconnaissance de son existence : ses membres, ne possédaient-ils des cartes d’identité qui les qualifient de citoyenneté albanaise et de nationalité grecque ? Tout cela n’était pas suffisant pour Athènes qui reprochait à son voisin de vouloir renier l’identité spirituelle de la minorité grecque. Le principal élément qui étayait cette thèse fut la campagne antireligieuse de l’État albanais, démarrée en 1967, perçue avant tout comme une intervention volontariste ayant pour but l’effacement de l’identité nationale. On touche ainsi le fond du problème. Outre le fait de mettre dos à dos deux systèmes politiques antagonistes, cette affaire de minorité grecque met en contradiction deux conceptions sociétaires concurrentes, deux opinions culturelles adverses, deux lectures d’histoire divergentes. (pour lire le texte en entier, cliquer ici)
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. - La première - celle communiste albanaise - relègue les différences (langue, culture) au domaine privé tandis que le domaine public est réservé à l’expression politique conformiste, propre à une société uniformisée et embrigadée par une idéologie dominante. Ce schéma exclut la religion ; d’abord, parce que l’histoire lui a légué une multitude de religions qui apparaissent comme autant de facteurs qui divisent la société et ensuite, parce que l’idéologie marxiste ne peut pas tolérer une « idéologie » concurrente. Sous cette optique, une minorité nationale ou ethnique n’est rien d’autre qu’une composante sociétaire comme toutes les autres : elles participent aux desseins étatiques de la construction du socialisme, subissent les contraintes et souffrent les conséquences. Il importait peu à la dictature du prolétariat si les adversaires politiques à écraser étaient des albanais de souche ou membres des minorités.
. Quant aux écoles de langue grecque ou encore l’inscription « nationalité grecque » sur les papiers d’identité, le régime de Hoxha n’avait rien inventé : il ne faisait que suivre une tradition établie depuis l’époque de la monarchie zogollienne, entérinée par les décisions de la SDN et de la Cour Internationale de Justice de la Haie dans les années trente. Sur ce registre, Hoxha faisait même pire que son illustre prédécesseur car, il n’a jamais osé soulever la question des minorités albanaises qui se trouvaient sur le territoire voisin. Restant sur la défensive, il subissait les effets dévastateurs d’une propagande grecque très active qui annihilait ces peux d’efforts entrepris en faveur de la minorité hellène.
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. - La seconde pratique - celle démocratique grecque - part du principe immuable de cette grande injustice faite au pays hellène avec l’amputation de Vorio Epire, revenue arbitrairement à l’Albanie. Proclamée à haute voix sur la place publique ou murmurée dans les milieux politiques, cette pensée parcourt constamment toutes les initiatives politiques entreprises par Athènes. En d’autres termes, la Grèce ne voit pas une minorité grecque installée chez le voisin mais un prolongement naturel de « sa population » qui vit sur « ses propres territoires » et qui légitime par sa seule existence, les prétentions territoriales grecques sur le Sud albanais.
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. L’autre sujet de discorde demeure la religion. Traditionnellement, la Grèce considère que entre la nationalité et la religion existe une parfaite adéquation. Autrement dit, chaque croyant actif de
rite orthodoxe, voire même passif – ou encore toute personne sur son territoire portant un prénom de connotations orthodoxes, est de nationalité grecque. Le pas successif est l’extension du concept sur tout individu qui se trouve sur les territoires voisins. Cela apporte la triple commodité de pouvoir bénéficier du pouvoir spirituel de l’Église comme vecteur nationaliste, de confondre tous les orthodoxes albanais et les Grecs de souche et enfin, d’exclure tous les musulmans de Grèce comme non-grecs. Voici pourquoi, la démocratie hellène manque-t-elle de substantielles minorités nationales sur son territoire, à l’instar des autres pays balkaniques, et cherche-t-elle ses enfants égarés dans les territoires voisins.
rite orthodoxe, voire même passif – ou encore toute personne sur son territoire portant un prénom de connotations orthodoxes, est de nationalité grecque. Le pas successif est l’extension du concept sur tout individu qui se trouve sur les territoires voisins. Cela apporte la triple commodité de pouvoir bénéficier du pouvoir spirituel de l’Église comme vecteur nationaliste, de confondre tous les orthodoxes albanais et les Grecs de souche et enfin, d’exclure tous les musulmans de Grèce comme non-grecs. Voici pourquoi, la démocratie hellène manque-t-elle de substantielles minorités nationales sur son territoire, à l’instar des autres pays balkaniques, et cherche-t-elle ses enfants égarés dans les territoires voisins..
. Si l’on entend enfin, les témoignages directs des représentants de cette minorité en Albanie, il ressort avant tout qu’ils étaient des hommes et des femmes comme tout le monde, coincés entre l’Albanie et la Grèce. Parmi eux, il y avait des croyants, des anciens calendaristes et des athées ; des monarchistes, des républicains et des communistes, des résistants antifascistes, des indifférents et des collabos ; des agents de l’Asfalia grecque et des espions de Sigurimi albanais. Leurs rangs avaient grossi avec les opposants de la dictature de Metaxa, avec les survivants de la Guerre civile de 1946 – 1949. On est loin de ce bloc homogène de nostalgiques de l’hellénisme décrit par Athènes, de ce troupeau de moutons égarés allant aux abattoirs de Hoxha. Cette communauté a vécu tous les aléas de la construction de cette nouvelle société communiste ; elle a eu ses victimes et ses héros, ses relégués dans les camps de travail et ses volontaires dans les nouveaux chantiers. Elle a enfin fourni d’innombrables techniciens et ingénieurs, de professeurs et de lettrés, de militaires et d’hommes politiques qui ont servi le régime, sans renier ni leurs origines ni leur langue maternelle. Ce n’est pas par hasard si, en dehors de cette zone regroupant une centaine de villages près de la frontière méridionale, la ville qui comptait le plus grand nombre de membres de cette minorité était Tiranë.
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. Après la chute du communisme, les minoritaires grecs sont redevenus propriétaires de leurs terres et pu rouvrir leurs églises, avec l’aide de la Grèce. Ils ont pu également se déplacer en terre hellène pour retrouver leurs familles et leurs proches ou encore pour travailler, espérant faire fortune. En revanche, ils ont du découvrir l’autre face de la médaille : qu’ils sont de véritables grecs tant qu’ils demeurent en Albanie car, une fois en Grèce, ils sont considérés comme des réfugiés venus de l’autre coté du monde.
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. La seconde minorité de pays est celle macédonienne qui vit dans une dizaine de petits villages aux environs du lac Prespë e Vogël (Mali Prespa) du district de Korçë et de Devoll, ainsi qu’autour de la ville de Peshkopi, plus au Nord. La première zone correspond à un morceau de territoire cédé par l’État hellène en 1922, suite à la décision prise par la Conférence des Ambassadeurs, visant à rectifier des frontières albanaises, tandis que la seconde est le prolongement naturel de la population slavophone qui vit à Gora, actuellement incluse au Kosovë. Cela explique également l’appartenance confessionnelle de ces populations : les macédoniens de Prespë sont des chrétiens orthodoxes tandis que les gorani de Golloborda sont exclusivement des musulmans. Les sources officielles albanaises parlent d’environ 5.000 personnes d’origine macédonienne (note 3), repartis entre Prespë et Dibër. En contrepartie, les autorités de Skopje, se référant à des sources non identifiées européennes, avancent le chiffre de 30.000 personnes - une estimation toutefois obtenue indirectement. Récemment, des représentants des associations macédoniennes sur place, tout en admettant qu’en matière de droit l’État albanais reconnaît beaucoup plus que leurs voisins grecques ou bulgares, regrettent le fait qu’il ait confiné la reconnaissance de cette minorité sur une aire géographique restreinte de Prespë. Faisant écho de l’attitude du gouvernement macédonien et des déclarations du Premier ministre nationaliste Georgievski, ils n’hésitent plus à affirmer publiquement que sur le territoire albanais vivent quelque 350.000 macédoniens ethniques, dont 20.000 seulement à Tirana et des dizaines de milliers à Korçë, à Elbasan ou ailleurs. Étrangement, ces allégations peu scrupuleuses ressemblent à celles des lobbies vorio-épirotes et paraissent avoir un seul but : donner une monnaie d’échange aux revendications de la population albanaise en Macédoine..
. Enfin, quelques centaines de personnes d’origine monténégrine ou serbe réside encore dans la ville de Shkodër et à Vrakë sur les berges du lac, tout près de Monténégro. Leur nombre a fortement chuté après le rapatriement de plusieurs d’entre eux en Yougoslavie, dès le début des années 90.
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. Parmi les autres minorités, qualifiées de dispersées, la plus nombreuse et la plus intégrée est
celle Aroumaine ou Valaque, proche des actuels Roumains. Présente depuis au moins quatre siècles dans cette partie des Balkans, cette ancienne population semi-nomade, vivant jadis de l’élevage, a été sédentarisée au point de devenir partie intégrante de la population locale. Pourtant, elle n’a jamais manqué de références culturelles ou linguistiques et encore moins, de références historiques. Il suffit de se rappeler la décision du Sublime Porte en 1905 de reconnaître un millet Aroumain ; de se souvenir de ces hommes d’affaires, de lettres ou de science aroumains, de « ces parfaits citoyens des Balkans, capables de préserver leur culture sans avoir besoin de recourir à la guerre ou à la politique, à la violence ou à la malhonnêteté »(note 4).
celle Aroumaine ou Valaque, proche des actuels Roumains. Présente depuis au moins quatre siècles dans cette partie des Balkans, cette ancienne population semi-nomade, vivant jadis de l’élevage, a été sédentarisée au point de devenir partie intégrante de la population locale. Pourtant, elle n’a jamais manqué de références culturelles ou linguistiques et encore moins, de références historiques. Il suffit de se rappeler la décision du Sublime Porte en 1905 de reconnaître un millet Aroumain ; de se souvenir de ces hommes d’affaires, de lettres ou de science aroumains, de « ces parfaits citoyens des Balkans, capables de préserver leur culture sans avoir besoin de recourir à la guerre ou à la politique, à la violence ou à la malhonnêteté »(note 4)..
. Combien d’Aroumains vivent sur le territoire albanais ? Des témoignages récents émanant du milieu aroumain affirment que la communauté valaque d’Albanie est la deuxième des Balkans par son nombre et avoisine les 100.000 personnes. D’autres avancent l’hypothèse qu’ils sont davantage : entre ceux qui ne savent même pas qu’ils appartiennent à cette communauté et les autres qui le savent mais qui ne connaissent pas un traître mot en aroumain, cela devait donner à peu près 200.000 individus (5). Les Valaques – ou les Çoban (les Bergers), selon l’appellation locale - sont pratiquement concentrés dans le Sud du pays : dans une large zone allant de Pogradec à Ersekë, en passant par Korçë, de Përmet à Sarandë, passant par Gjirokastër ainsi que dans la bande littorale allant de Vlorë à Durrës et passant par Fier, Lushnje et bien entendu, à l’inévitable Tiranë. À cause de leur religion orthodoxe et de leur aire de répartition près de la frontière avec la Grèce, ils sont souvent décomptés comme des grecs par l’Athènes officielle tandis que, pour les autorités albanaises il n’a jamais existé un problème valaque. Selon le point de vue officiel, les Aroumains sont simplement des citoyens albanais de nationalité albanaise, malgré leur « hobby » de parler de temps à autre une langue qui ressemble étrangement au Roumain. Il faut savoir qu’en matière de minorités nationales, la politique des autorités albanaises a inévitablement suivi la pratique marxiste (note 6). L’existence de telles minorités est envisageable seulement s’il s’agit des citoyens nationaux qui se disent appartenir à une communauté de langue et de culture distincte, montrant des caractéristiques d’un groupe humain homogène et assez nombreux ; cette communauté doit être attachée à un territoire adjacent à un État voisin dont la population nationale paraît en lien avec cette communauté. Vu ainsi, les Grecs d’Albanie étaient censés constituer une minorité nationale, tout comme les Macédoniens ; ce n’était pas le cas pour les Aroumains qui n’avaient ni l’homogénéité requise, ni une langue standard et encore moins un lien fort avec une nation voisine..
. Seulement après la chute du système totalitaire communiste, les Aroumains (Valaques) ont pu s’organiser aux seins des premières associations d’ordre culturel, au nom d’une identité aroumaine. L’État post-communiste albanais les a enfin reconnus en tant que minorité(note 7) distincte tandis que la Roumanie, dans un élan de patriotisme, leur promettait des bourses d’études aux dépens du gouvernement roumain, à condition de faire prévaloir leur origine valaque. Jugé aux limites de l’ingérence par Tiranë, ce projet a du être vite abandonné. Malgré cela, ce qui leur fait cruellement défaut est justement cette identité : tandis qu’une partie d’entre eux se définissent comme des Albanais, ayant des références aroumaines, l’autre partie se départage entre les Aroumains pro-Grecs et les Aroumains pro-Roumains, la différence venant principalement du fait qu’ils auraient choisi la voisine Grèce pour travailler ou la lointaine Roumanie comme lieu d’études pour leurs enfants.
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. La minorité la plus ignorée et la plus disparate est sans doute celle des Roms. Elle vit sur le sol albanais depuis des siècles, les premiers témoignages remontant au XVème siècle. Connus sous différents noms locaux, souvent péjoratifs (gabel, magjyp, arixhi, kurbat, katal ou qifto), elle est installée dans la périphérie des villes de Tiranë, Durrës, Elbasan, Gjirokastër ou Korçë, souvent
dans des quartiers à part, ainsi que dans plusieurs villages de la plaine de Myzeqe, près de Fier, ou de Berat. Les Roms se regroupent au sein de quatre tribus principales : les Meckari, Kabuzi, Kurtofi et Cergari, (note 8) sous le nom de cette dernière s’identifiant en effet deux tribus différentes : les “Shkodrans” et les “Besaqe Roma”. Sur le territoire albanais vit autre groupement humain proche des Roms, les Jevgs, qui partage le même sort et le même traitement discriminatoire passif mais qui refuse de se confondre avec les premiers. Selon les spécialistes, il s’agit d’un groupement humain d’origine égyptienne, voire copte, venue dans les Balkans depuis les premiers siècles de notre ère. Il est difficile de chiffrer ces deux minorités, les estimations donnant une fourchette allant de 10.000 à 150.000 membres (note 9). Durant leur longue existence sur le sol albanais, les Roms ont généralement vécu dans une cohabitation assez pacifique avec le reste des groupes ethniques et n’ont pas connu des graves persécutions à cause de leur origine. Ils furent épargnés même durant les années de la Seconde Guerre mondiale, lorsque leurs semblables étaient traqués partout en Europe et ramenés de force dans les camps de concentrations nazis.
dans des quartiers à part, ainsi que dans plusieurs villages de la plaine de Myzeqe, près de Fier, ou de Berat. Les Roms se regroupent au sein de quatre tribus principales : les Meckari, Kabuzi, Kurtofi et Cergari, (note 8) sous le nom de cette dernière s’identifiant en effet deux tribus différentes : les “Shkodrans” et les “Besaqe Roma”. Sur le territoire albanais vit autre groupement humain proche des Roms, les Jevgs, qui partage le même sort et le même traitement discriminatoire passif mais qui refuse de se confondre avec les premiers. Selon les spécialistes, il s’agit d’un groupement humain d’origine égyptienne, voire copte, venue dans les Balkans depuis les premiers siècles de notre ère. Il est difficile de chiffrer ces deux minorités, les estimations donnant une fourchette allant de 10.000 à 150.000 membres (note 9). Durant leur longue existence sur le sol albanais, les Roms ont généralement vécu dans une cohabitation assez pacifique avec le reste des groupes ethniques et n’ont pas connu des graves persécutions à cause de leur origine. Ils furent épargnés même durant les années de la Seconde Guerre mondiale, lorsque leurs semblables étaient traqués partout en Europe et ramenés de force dans les camps de concentrations nazis.. Les Roms n’ont jamais été reconnus en tant que minorité ethnique durant les recensements de la population. Seulement à partir de 1989 et à leur propre demande, une partie de la communauté Rom a été recensée comme faisant partie des « autres », dans la liste des nationalités présentes sur le territoire. Actuellement, les Roms sont une minorité légalement reconnue, sans pour autant faire figure d’une minorité admise publiquement. Ils souffrent encore d’une « image déficiente », forgée de méfiance, voire de méprise, et aggravée par leur faible degré de sociabilité.
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. Enfin, la plus discrète est la petite communauté juive, vieille de quelques siècles et forte de quelques centaines de personnes, concentrée à Tiranë et à Vlorë. Très prudente, elle a pu survivre durant les années d’occupation fasciste et nazie, puis se fondre dans le décor durant les années du communisme. Entre 1991 et 1992, toute cette communauté prit la route d’Israël, suivant l’appel de l’État Hébreu, bien entendu avec le consentement des autorités locales.
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. Après cette longue revue des minorités vivant sur le territoire albanais, l’estimation initiale de 5 à 6% devient hautement circonspecte pour ne pas dire fausse. Il suffit de faire les comptes ! Au pire des cas, il s’agit de 400.000 sinon davantage de Grecs, de 350.000 Macédoniens, de 200.000 Aroumains, de 150.000 Roms et Jevgs ainsi que de quelques milliers d’autres groupes mineurs : au total 1.100.000 habitants de ce cher pays, soit un bon tiers de la population. Mis à part la moitié des Roms, tous sont de confession chrétienne orthodoxe et vivent dans la partie méridionale. Que faire alors de ce chiffre de 20% d’orthodoxes qui ressort régulièrement durant les estimations sur la population ? Y a-t-il quelqu’un sur place qui pourrait être chrétien orthodoxe et Albanais de souche à la fois ? Il faut toutefois s’estimer heureux que les Turcs ne soient pas de la mêlée au nom d’une quelconque identité musulmane car, il fallait se munir d’une lanterne, à l’exemple de Diogène le cynique, afin de chercher l’Albanais !
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. Le dernier regard se place dans l’inévitable grille d’analyse de la participation des minorités nationales au jeu du pouvoir politique. Il est désormais admis comme un postulat que le succès des communistes auprès la population méridionale durant la Seconde guerre a été en grande partie facilité grâce à l’adhésion massive des minorités nationales. C’était le cas des Aroumains, des Macédoniens mais aussi des Grecs qui apportèrent non seulement leur soutien mais également leurs meilleurs éléments. Il suffit de regarder la composition des instances dirigeantes du PCA durant la guerre : un Koçi Xoxe venant des contrées grecques de Negovani, d’origine albano-macédonienne, un Nako Spiru né à Durrës de parents aroumains ou encore un Spiro Koleka venu d’Himarë, réputée grecque.
. La tradition se perpétue par le PTA après la guerre : à la place de Xoxe qui finit au bout d’une corde ou de Spiru qui se donna la mort, d’autres jeunes aroumains et macédoniens montent les marches – à cotés d’un Koleka qui paraît éternel. Il est désormais incontestable qu’un quart, voire un tiers du Bureau Politique soit composé de minoritaires. Est-ce à cause de leur cruauté particulière, si prisée par les communistes qui l’utilisèrent pour soumettre le peuple albanais – comme certains acclament (note 10) ? Le terrain paraît hautement glissant car, malgré ce sentiment anticommuniste naturel voire congénital qu’un homme de lettres puisse avoir, il existe une certaine tradition qui dépasse les clivages politiques et les considérations idéologiques.
. Même si l’on a déjà oublié que l’un des pionniers de la Renaissance Nationale fut Naum Veqilharxhi, que l’auteur de l’hymne national fut Asdreni, qu’un certain Fan Noli, à son époque premier archevêque de l’Église autocéphale albanaise puis Premier ministre – tous étaient plutôt aroumains qu’albanais, il suffit d’avoir en vue une réalité présente post-communiste. Peut-on utiliser ce critère de « cruauté particulière » pour interpréter le fait qu’un ancien Premier ministre comme Nano vient d’un milieu proche de la minorité grecque ; que l’autre ancien Premier ministre Majko ne peut pas cacher ses références aroumaines – et que tous les deux ont juré fidélité devant le Président Moisiu – lui aussi « pur » aroumain ?
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. (1) James PETTIFER – Greek Minority in Albania in the Aftermath of Communism – A New Ruling Elite ?, Conflict Studies Research Centre, G 97, July 2001.
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. (2) Voir sur ce sujet et sur les autres minorités nationales en Albanie, l’opinion de l’État albanais dans : United Nations (International Convention for the Elimination of all Forms of Racial Discrimination CERD) - – Repports Submited by States Parties Under Article 9 of the Convention – Addendum Albania : CERD/C/397/Add.1, march 2003.
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. (3) Voir à ce sujet : RAPPORT soumis par l’Albanie au Conseil d’Europe conformément à la Convention - Cadre pour la Protection des Minorités Nationales – juillet 2001.
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. (4) David BINDER – Vlachs : a Paceful Balkan Peuple, Mediterranean Quarterly, 15. 4, 2004.
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. (5) Stephanie SIEVERS – SCHWANDNER – The Albanian Aromanians’ Awakening :Identity Politics and Conflicts in Post-Communist Albania, European Center for Minority Issues, ECMI Working Paper nr. 3, March 1999.
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. (6) Vu sa nature délicate, la question des minorités nationales ou ethniques n’a jamais constitué un débat public. Le point de vue des communistes albanais était tiré des conclusions staliniennes, formulées dans l’œuvre célèbre « Le marxisme et la question nationale » où les minorités étaient considérées comme des prolongements des populations nationales, vivant dans les états voisins. Il correspond d’ailleurs avec la pratique yougoslave des narodnost – nationalités, selon laquelle les Albanais du Kosovë ou encore les Hongrois de la Voïvodina ne pouvaient pas être considérés comme des peuples constitutifs de la Fédération, justement à cause des liens avec les États voisins dont ils étaient en quelque sorte une émanation.
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. (7) Cette subtilité dans les expressions minorité nationale et minorité ethnique a été effacée par l’Europe qui, toutefois, a eu toutes les peines du monde pour pouvoir donner une véritable définition du terme équivalent. Malgré le fait que, une notion unique est désormais utilisée dans divers documents internationaux, notamment dans la Convention-cadre du Conseil de l'Europe pour la protection des minorités nationales (ouverte à la signature depuis 1995), elle est loin de faire l’unanimité. Selon la Recommandation 1201, adoptée le 1er février 1993 par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, l'expression « minorité nationale » désigne un groupe de personnes dans un État qui : a) résident sur le territoire de cet État et en sont citoyens ; b) entretiennent des liens anciens, solides et durables avec cet État ; c) présentent des caractéristiques ethniques, culturelles, religieuses ou linguistiques spécifiques ; d) sont suffisamment représentatives, tout en étant moins nombreuses que le reste de la population de cet État ou d'une région de cet État ; e) sont animées de la volonté de préserver ensemble ce qui fait leur identité commune, notamment leur culture, leurs traditions, leur religion ou leur langue.
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. (8) Pour plus de détails sur la minorité Rom voir le rapport : Roma of Albania – Minorities of Southeast Europe - Center of documentation and information on minorities in Europe - Southeast Europe. Dans : http://www.greekhelsinki.gr/english/reports/CEDIME-Reports-Minorities-in-Albania.html
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. (9) Si les Roms sont considérés comme des descendants des tribus nomades originaires de l’Inde, venu d’Asie avant les Turcs, les Jevgs se considèrent comme des descendants des émigrés coptes, venu d’Egypte au quatrième siècle. Le principal lien entre ces populations réside dans le fait que l’Albanais simple fait peu de différence entre eux, les appelant souvent du même nom commun Jevg qui en général est dépourvu de connotation péjorative. En effet, si les Roms utilisent leur propre langue commune, le Romani, qui connaît quelques dialectes, les Jevgs s’expriment en albanais, faute d’avoir une langue distincte. Quant à leur données démographiques, si les universitaires de Maryland affirment qu’ils sont entre 10.000 et 120.000, le MRGI (Minority Rights Group International, 1995) estime le nombre des Roms de 90.000 à 100.000 personnes, le Département d’Etat des Etats Unis affirme qu’ils sont 100.000, tandis que des sources Roms avancent des chiffres compris entre 80.000 et 150.000 personnes. Voir sur le sujet : European Roma Rights Center – No Record of the Case : Roma in Albania. Country Report Series, n° 5, june 1997.
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. (10) Voir : Ismail KADARE - Printemps albanais – Chronique, lettres, réflexions. Éd. Fayard, 1994.


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