" ...sur cet univers albanais aux allures d’un labyrinthe,
on ne peut avoir l’audace de poser des questions en apparence simples,
sans la conviction que la réponse puisse bousculer toute une construction de pensée,
tout un système échafaudé à l’aide de préjugés ou d’observations hâtives."
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[... La traversée temporelle offre un aperçu du face-à-face permanent avec les voisins rapaces, les puissances continentales et les Empires planétaires ; elle fait sentir la pesanteur des pouvoirs concurrents, des idéologies dominantes. La chronologie conflictuelle fait apparaître le déchirement constant entre l’Occident et l’Orient ; l'incertitude frémissante entre Jésus et Mahomet ; le choix difficile entre République et Monarchie ; l’affrontement sanglant entre communisme et nationalisme ; le flottement consenti entre démocratie et anarchie ; la palpitation excitante entre socialisme et affaires. Le registre spirituel témoigne de l’éternelle hésitation entre anonymat et gloire, entre identité et altérité, entre témérité et folie, entre douleur et espoir. L’alchimie fusionnelle du pays livre enfin la formule de la création des ingrédients humains de la nation : Illyriens et Arbër, Albanais autochtones et Slaves, voire Grecs, tout aussi autochtones que les premiers, Gegs et Tosks, clans belliqueux septentrionaux et communautés industrieuses méridionales, bajraktars intrépides et aristocratie beycale malléable, irrédentistes kosovars et nostalgiques çams, élites urbaines turcophiles et intellectuels francophones.]
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mardi 2 décembre 2008

L’identité européenne… des Européens.

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. Au fait, que représente-t-elle l’identité européenne ? Dépourvue de hautes prétentions, essayons d’éclairer quelques aspects de ce sujet qui fait objet de polémiques et de débats passionnés partout en Europe, hasardons-nous au moins d'aiguiser les angles.
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. Chacun s’accorde à dire que cette identité doit être une qualité essentielle de tous les habitants de l’Europe (Que représente-t-elle l’Europe, ne serait-ce de point de vue géographique ? Jusqu’où s’étend-elle ?). Autrement dit, il s’agit d’une identité où chacun trouve son expression tandis que le groupe voit le reflet de ses intérêts, une identité collective, voire même sociale (qui sont les limites minimales du groupe pour qu’il puisse constituer un collectif – famille, village ou quartier, ville, région ou l’État ?). Toutefois, pour qu’elle puisse être concrète, cette identité a besoin d’être nucléarisé dans ses propres éléments, voire ses propres champs communs : une communauté de destin ou de vie solidaire, une communauté choisie qui permet l’accomplissement des idéaux qui portent en soi l’espérance, une communauté de valeurs abstraites – pluralisme, tolérance, égalité, justice, non-discrimination (note 1) – qui en fin de compte constituent le socle de toute société civile, une communauté de loi ou de légalité (il manquent encore deux ou trois expressions – communauté de " communautés ", communauté d’intérêts et communauté d’actions – pour que l’identité européenne se transforme en Communauté Européenne – note 2). Devant la confusion, il suffit de dire que si l’identité européenne n’est pas encore définie en tant que concept, le besoin d’une telle définition est enfin une nécessité :
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. " .. peut-être la plus importante des tâches qui se pose aujourd’hui devant la Communauté Européenne est que cette dernière puisse entreprendre une réflexion nouvelle et suffisamment claire vis-à-vis de ce qu’on appelle identité européenne, une articulation nouvelle et suffisamment claire de la responsabilité européenne, un intérêt intensifié dans le sens profond de l’intégration européenne dans toutes ses implications concernant le monde contemporain, ainsi qu’un récréation de son ethos ou si l’on veut de son charisme. " (note 3)
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. Le dilemme devant lequel nous nous trouvons ressemble à celui de saint Augustin qui dans ses " Confessions " s’exprimait vis-à-vis le temps : " qu’est-ce donc le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne sais plus ". Voici pourquoi, il devient plus simple de comparer l’identité européenne avec le caléidoscope : qui change continuellement, à travers le mélange des perceptions du passé et la recherche d’un futur cohérent… comme une communauté multiforme et compliquée qui avant tout, contient un sens de appartenance envers une espace commune légale. (note 4)
. Or, si tous les chemins mènent vers l’héritage commun spirituel et moral qui se concrétise à l’intérieur de " l’espace commune ", les éléments les plus essentiels doivent être recherchés dans " la culture européenne ". (Pour lire le texte en entier: cliquer ici) .
. Et si jamais, cette identité européenne était l’amalgame des diversités que les différents peuples représentent en soi et qui les apportent au sein de l'Union ? Et si jamais encore, l’identité européenne pouvait se concevoir comme un creuset de cultures, véhiculées par les diverses civilisations que le continent ait vu ? En tant que " dynamique d’ensemble qui conjugue le passé, le présent et le futur ", la culture européenne ressemble à cette roche conglomérée, comprimée par le poids du temps, qui laisse toutefois apparaître l’entrelacement des différentes strates chronologiques : le monde matriarcal des agriculteurs – éleveurs néolithiques qui ont inventé la " civilisation de l’Europe ancienne " ; la société masculine et guerrière des " peuples des Kourganes " qui écrase la première pour donner naissance aux Indo-Européens ; l’invasion Celte avec ses rites mystérieux funéraires ; le monde hellène avec ses cités-Etats, ses philosophes et ses artistes de génie ; le monde romain et ses perfections en droit, en politique et administration ou encore en architecture ; le macrocosme germain et Goth et son pouvoir régénérant sur une Rome mourante ; l’univers byzantin avec ses sources religieuses judéo-chrétiennes, sa mystique slave et ses incomparables codes des Lois ; la lame de fond musulmane et ses inspirations scientifiques et théologiques ; la dispersion juive avec ses capacités intellectuelles, économiques et artistiques ; l’ensemble latin avec ses hiérarchies royales, ses savoir-faire technologiques et militaires…
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. Toutefois, l’identité européenne ne peut être conçue qu’au croisement d’une série de vastes mouvements interculturels de nature morale, politique et idéologique qui ont réussi à faire l’amalgame des apports. La religion chrétienne, ce " ciment de la première Europe " (note 5), fait partie du nombre. Reconnaissant l’égalité de tous devant Dieu, la dignité de la personne humaine dans la recherche du bien commun, elle établit le socle de la pensée et devient facteur d’unification des croyances, des organisations sociales et des moyens d’expressions. Font également partie du nombre les pratiques politiques et les expériences administratives comme les principautés, les royaumes et les empires. Ainsi s’établit l’ordre et se constitue le corps social, se composent les alliances ou les parentés, ainsi se différencient les élites. Parallèlement, des réseaux humains se mettent en place : des artisans et des guildes, des moines et des pèlerins, des chevaliers et des croisés, des nobles et des érudits, des marchands et des voyageurs…
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. Lequel de ces éléments manque-t-il à l’espace originel albanais ? Pratiquement aucun. Il a appartenu corps et âme à ce monde, se confondant avec lui dans les habitudes et dans les mœurs, partageant avec lui les péripéties et les malheurs. Sauf que la véritable aventure européenne commence en ce XVème ou XVIème siècle, le moment même quand les contrées albanaises deviennent partie de l’Empire ottoman. Or, il se trouve que les Ottomans n’ont pas partagé la même aventure, participé aux même dynamiques que les peuples de l’Europe chrétienne. L’authentique Europe embrasse la Renaissance, la Conquête, l’Inquisition, la Réforme, les Lumières, le romantisme et bien d’autres choses encore.
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. Malgré cela, le vaste fonds commun de la culture et le parcours commun des peuples, bref l’histoire, n’est qu’un dénominateur commun ni suffisant ni apaisant. Il faut également penser à d’autres éléments tels que l’éthique politique, la citoyenneté, l’éducation – sans oublier ces " similitudes de manières " qui caractérisent la pratique sociale ou encore les normes et les règles communes qui rationalisent le système économique. En dernier lieu, les Européens ont en commun des projets institutionnels et affichent une volonté d’appartenance. Et c’est surtout en terme d’approche commune et d’esprit de coopération que l’on conçoit l’identité européenne car, ni les principes qui les séparent ni les pratiques qui les déchirent ne manquent : il suffit de se rappeler des identités nationales extériorisées, des nationalismes agressifs, les idéologies concurrentes, les pouvoirs dictatoriaux ou autoritaires. A ce dernier chapitre appartiennent les Grandes guerres mondiales, l’extermination des Juifs et d’autres épisodes tout aussi dignes d’être oubliés.
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. A quelle distance, l’identité albanaise se tient-elle vis-à-vis de l’identité européenne ? D’un point de vue historique, les Albanais n’étaient pas les seuls à partager le périple ottoman Vu de l’Europe, tous les Balkans ou presque n’étaient qu’une " région intermédiaire, située entre l'Occident, l'Orient et l'Afrique, et centrée sur la Méditerranée (note 6) ", entraînés dans une dynamique post-byzantine et ex-ottomane, où les identités locales ont été construites sur l’exemple de certains modèles occidentaux et orientaux à la fois, suivant " une alchimie d'intégrations et de rejets qui a fait naître les peuples sud-est européens actuels ". A ce titre, les Balkaniques partagent davantage de valeurs qu’ils contestent de différences, inspirant Cvijić et autres anthropogéographes à élaborer des modèles de type homo balkanicus, animé d’une mentalité balkanique particulière.
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. Les premiers éléments de différentiation régionale apparaissent sur le plan socio-politique, dès l’établissement des frontières et l’institution des pouvoirs. Ainsi, l’identité régionale, voire nationale, paraît investie de nouvelles interactions – individu et pouvoir, société et élites, ce qui implique une discrimination des connaissances, des principes et des valeurs afin de produire des stéréotypes, alimentant le présent. Le passé devient ainsi un vaste champ de fouilles et l’histoire constitue cette matière malléable a souhait, indispensable pour ériger de nouvelles frontières imaginaires entre le Soi-même et l’Autre. Sur cette perspective, il ne suffit plus de demander ce que l’identité nationale représente mais, plutôt qui l’a construit et surtout pour qui et contre qui a-t-elle été construite (note 7).
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. Dès lors que la dichotomie entre le Soi-même et l’Autre est installée, le monde change de face. Elle se divise entre centre et périphérie, entre progrès et régression, entre modernisme et anachronisme. Sans aucun doute, l’Occident représente le modèle à suivre tandis que les Balkans ne sont que l’exemple à oublier. Pour les Européens, les Balkaniques ne sont que les autres tandis que pour les seconds, les premiers constituent cette partie idéalisée de soi-même, ce coté évanescent qu’on rêve être. Soyons enfin magnanimes ! Les civilisés Européens reconnaissent aussi que les arriérés Balkaniques représentent enfin une partie de soi-même ; sauf qu’il s’agit de cette partie honteuse à cacher, voire à effacer – intolérance, nettoyage ethnique, extermination …
. Toutefois, les européens ne peuvent pas ignorer que partout, les constructions identitaires fonctionnent d’une façon similaire : dans l’espace de l’Europe occidentale, dans l’espace centrale Mitteleuropa – voire même dans l’espace balkanique. La Première Europe – celle des nations et des États – jusqu’à la veille de la Seconde guerre mondiale, a du céder sa place à la Seconde Europe – presque invisible, car divisée par le Rideau de Fer et dissoute à l’intérieur des Blocs antagonistes. L’unique voix au milieu du désert fut celle du Général de Gaulle dans les années 60, qui osa définir la réalité européenne comme une communauté de valeurs de l’Atlantique à l’Oural. Sous l’inspiration socialiste, s’est vue naître une nouvelle vision – celle de l’Europe comme une troisième force, entre le capitalisme et le communisme, qui après la chute du Mur de Berlin s’est concrétisée en la Troisième Europe : une force nouvelle, intégrée de point de vue politique, économique et finalement culturelle de la sphère occidentale – une digne concurrente au marché mondial libéral. A ce stade de développement, la " Nouvelle " Europe poussée par le pragmatisme s’est fiée à son intuition et surtout à son jugement. Entre temps, elle avait dépassé cette barrière " du choc des civilisations ", confirmée par Huntington (note 8), intégrant dans son sein une Grèce qui appartenait à la fois au monde balkanique et au monde orthodoxe ; elle a consolidé son geste à travers l’admission d’une série de pays appartenant au " monde slave " - Pologne, République Tchèque, Slovénie ou Slovaquie, peut être incitée par leurs références catholiques. Or finalement, elle a récidivé avec le cas bulgare, appliquant sa confiance sur la sphère balkano-slavo-orthodoxe. Le seul pas qui elle hésite à franchir est l’acceptation des pays balkano-musulmans, sûrement à cause de leurs faiblesses démocratiques. Malgré tous les arguments employés et les logiques suivies, actuellement l’Union européenne a touché les extrêmes de son espace " naturel " : les frontières du monde orthodoxe " propre " - avec la Russie au centre et du monde musulman – avec la Turquie en tant que parfait représentant.
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. Le projet de l’identité européenne est né sous le signe de l’union. Cela a abouti comme une union économique - le charbon et l’acier – pour s’ouvrir tour à tour vers d’autres domaines : culturel, politique, institutionnel… Or avant tout, l’idée centrale de cette union était de modifier les rapports entre Soi-même et l’Autre, à l’intérieur de l’espace occidental pour tenter de mettre fin à la guerre. " Plus jamais ça " - veut dire, faire appel à la mémoire pour se rendre compte que la meilleure façon de dépasser un certain passé est de se fédérer autour d’une idée post-nationale. Faisant confiance à l’état de doit, à une substance vidée de son contenu historique pour devenir une norme, une institution – voici le fonds de pensée d’un Ulrich Beck quand il désigne son cosmopolitisme procédural comme essence de l’européanité. Malgré tout, aucun cosmopolitisme du genre n’est capable d’absorber le pouvoir de l’imaginaire collectif. Le fait de s’arroger le droit de fixer un " standard " de citoyenneté européenne sous-entend que désormais, on est en mesure d’ériger cette frontière imaginaire en une façon consentie, qu’on est capable de la déplacer, de redimensionner l’espace en termes d’Occident et d’Orient.
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. Laquelle des ces idées anime Kadare et autres Albanais quand ils proclament leur nouvelle " identité européenne " ? Probablement aucune - leur vision de l’histoire mise à part. A leur échelle, ils interviennent uniquement sur les clichés de Soi-même et de l’Autre : il suffirait alors de renier le passé pour devenir de " vrais Européens ". D’autres, ceux qui nous regardent de loin, pensent autrement :
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. Prétendre rejeter cette tradition musulmane, imaginer que l’immense majorité de la population pourrait abjurer sa foi, est une illusion dangereuse. Tout comme il serait dangereux de vouloir escamoter l’héritage ottoman qui, pour le meilleur et pour le pire, a façonné l’identité actuelle du peuple albanais, comme de tous les peuples de la région. Vouloir se débarrasser de cet héritage reviendrait à se priver de sa culture et de son identité. (note 9)
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. Sans trop comprendre son mécanisme interne et ses principes fondateurs, on croit uniquement savoir que l’Europe serait liée à l’Albanie par un hypothétique devoir de civilisation et d’assistance. Au fait, depuis quand ce continent déjà multiracial aurait-il exprimé le souhait de vouloir améliorer son image, à travers l’intégration de trois millions de peaux blanches ou de sangs bleus ? En quelle occasion, l’Europe multiconfessionnelle aurait-elle manifesté un sentiment de rejet vis-à-vis de ces deux petits millions de musulmans agnostiques, par crainte de ruiner son paysage religieux ?
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. 1) Armin von BOGDANDY - The European Constitution and European Identity: A Critical Analysis of the Convention's Draft Preamble, dans: Weiler and Eisgruber, eds., Altneuland: The EU Constitution in a Contextual Perspective, Jean Monnet Working Paper 5/04.
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. 2) Concernant le socle commun et les valeurs qui stucturent la Communauté Européenne, voir : SZAZADVEG – European values & Identity : A reflection for an indispensable discussion, Szazadveg Foundation, Austrian Institute for European Security Policy.. 2005.
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. 3) Vaclav HAVEL - Discours devant le Parlement européen, 8 mars 1994.
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. 4) Council of Europe – European identity : a kaleidoscope undergoing constant development, " The notion of Identity ", Discussions, April 17-18, 2001.
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. 5) Voir : Dominique HAMON & Yvan Serge KELLER - Fondements et étapes de la construction européenne, PUF, 1997.
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. 6) Albert DOJA - Formation nationale et nationalisme dans l'aire de peuplement albanais, Europa, Volume 3, No 2 – 2000.
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. 7) Dimitar BECHEV – Constructing South-East Europe : the Politics of Regional Identity in the Balkans, Europe and the Mediterranean Convergence, Conficts and Crisis (Working Paper Series), European Studies Centre University of Oxford, Ramses 2 paper 1/06, march 2006.
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. 8) Voir : Samuel HUNTINGTON – Le clash des civilisations, Ed Odile Jacob, Paris 2000.
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. 9) Voir : Jean – Arnault DERENS – Christianisme et identité albanaise, Religioscope, Études et analyses nr. 12, mai 2007. në : http://religion.info.

dimanche 9 novembre 2008

Les identités miraculées religieuses.

. . Le schéma assez complexe des identités ethnolinguistiques demeure toutefois largement incomplet si on le prive d'un autre aspect fondamental, celui religieux. Le tableau ainsi offert ressort une fois de plus de l'ordinaire. Partagés entre leurs deux grandes religions monothéistes - le christianisme et l'islam - chacune divisée en deux branches majeures - catholique et orthodoxe pour la première, sunnite et alevis pour la seconde - les Albanais se distinguent nettement vis-à-vis du reste de l'Europe.
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. Après cinq siècles de vie commune avec les Ottomans, une certaine logique a été respectée : à la veille de leur indépendance, les Albanais étaient le seul peuple voué à l'Islam en Europe, si l'on exclut bien entendu les périphériques Turcs et les divisés Bosniaques (note 1). Toutefois, il fallait attendre un quart de siècle pour que l'évidence intuitive devienne une certitude. Enregistrant pour la première fois l'appartenance confessionnelle des habitants, le recensement du 1939 nous apprend que parmi 1.180.000 habitants, il avait 826.000 musulmans (70% de la population), 212.000 orthodoxes (18%) et enfin 142.000 catholiques (12%). Malgré cela, la communauté musulmane était loin d'être le corps homogène dont il avait l'air : environ 600.000 (73% des musulmans) appartenaient à la tendance sunnite traditionaliste et le reste, 226.000 individus (27%) étaient des adhérents des confréries mystiques musulmanes - les tarikat (note 2). Si l'on exclut ce recensement effectué en 1942 sous la bonne garde des Italiens (note 3), les données directes ultérieures manquent cruellement malgré une série de sept recensements complets, effectuées durant l'époque communiste. Ainsi, toutes les références aux chiffres demeurent des simples projections qui ont une valeur comparative.
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. La géographie des groupes confessionnels n’est que le reflet de l’évolution de la société humaine. Les religions les plus anciennes - chrétiennes en l’occurrence – ont survécu à l’offensive de l’Islam soit grâce au relief inaccessible (le Nord profond catholique) soit grâce à l’ombrelle de la grande Église œcuménique de Constantinople (le quart Sud Sud-Est orthodoxe). Pour le reste, il faut compter les bouleversements socio-politiques, sur la mobilité des populations ainsi que sur un certain degré de compréhension réciproque entre communautés (note 4). Au coucher de la monarchie zogollienne et à l’aube du pouvoir communiste, les catholiques se sont trouvés groupés dans une zone étroite, comprenant la ville de Shkodër et ses environs ainsi que les zones montagneuses de Malësia e Madhe, de Mirditë et de Lezhë. En revanche, les orthodoxes évoluent dans une bande assez large allant de Pogradec et Korçë au sud-est jusqu'à Himarë à l'ouest, passant par Berat, Përmet et Gjirokastër plus au Sud. Des îlots importants de population orthodoxe vivent à Myzeqe ainsi que dans les villes près de la côte : Tiranë, Kavajë et Durrës.
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. Tout le reste du pays demeure musulman : la plaine côtière, les vallées des rivières Mat, Erzen, Shkumbin, Osum et Vjosë ainsi que le haut relief de la partie centrale et méridionale. Également voué à l'Islam demeure le territoire de la haute vallée de Drin, y compris une bonne partie de Rrafshi i Dukagjinit, à frontière avec la région de Kosovë. Ceci étant dit, la réalité sur le terrain est beaucoup plus complexe car de nombreuses zones du pays réputées de majorité chrétienne ne sont qu'un entrelacement de communautés, principalement orthodoxes et musulmanes.
. Quant aux Kosovars, ils demeurent majoritairement musulmans sunnites. Les confréries mystiques soufis sont peu nombreuses tandis que les orthodoxes albanophones sont inexistants (moins de 1% de la population). En revanche, la minorité catholique (environ 4 voire 5% de la population) est concentrée dans le plateau du Rrafshi i Dukagjinit et dans les villes de Gjakovë et de Prizren. D'autres îlots d'albanais catholiques se trouvent autour de Prishtina ou de Gjilan. Enfin, le profil religieux de la minorité albanaise de la Macédoine ressemble à celui des Kosovars, avec les catholiques en moins et quelques confréries mystiques en plus. (Pour lire le texte en entier: cliquer ici) .
. Ainsi représentée, la communauté de langue albanaise donne l’impression d’un bloc assez homogène humain, le plus important groupe des musulmans balkaniques. La situation n’a pas manqué d’attirer l’attention des spécialistes en religion et des politologues qui craignaient cette redoutable « transversale verte », allant de Turquie en Bosnie – en passant bien entendu par l’Albanie ou le Kosovë. Au-delà d’une certaine déception des milieux anti-islamistes, l’absence du motif religieux durant la dernière guerre du Kosovë et pendant les troubles d’ordre civil du 1997 en Albanie a soulevé une nouvelle question : ces Albanais, sont-ils de véritables musulmans ou pas ?
. La réponse est très contrastée et comme d’habitude, elle obéit aux convictions des observateurs. Toutefois, la plupart sont d’avis que le poids de l’Islam dans la vie sociale ou politique et ses représentations dans l’espace public diffèrent selon l’endroit où l’on se trouve et que la spiritualité musulmane est vécue différemment en Albanie par rapport au Kosovë, voire en Macédoine. Sans aller jusqu’à l’affirmation qu’ils existent d’autant d’Islam que de communautés albanaises, cela veut simplement dire que l’identité religieuse semble obéir à des logiques divergentes (note 5).
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. Cette problématique qui semble affecter profondément l’Islam se rencontre également au sein de la religion chrétienne. Chez les Albanais, l’adhésion à une communauté religieuse n’est pas « l’expression d’une foi et d’une théologie précise », d’ailleurs très mal connue, mais plutôt « d’une appartenance à une collectivité ayant ses propres traditions et repères culturels (note 6) ». Loin d’appartenir au domaine du dogme, l’identité religieuse paraît avant tout comme un fait culturel, une appartenance à un système de valeurs familiales et sociales. On est musulman ou chrétien par tradition, par attachement et tant pis pour les rites : on peut ainsi prier sans aller à l’église ou à la mosquée tout comme on peut rentrer dans ces lieux de culte pas pour faire la prière. Observer le Ramadan sans respecter le jeûne, assister à la messe sans connaître le traître mot des Évangiles – tout ceci est possible dès lors que l’enseignement des doctrines religieuses n’a jamais été une préoccupation majeure. Souvent, une simple évocation au Dieu paraît suffisante à cette religiosité traditionnelle pour qu’elle s’épanouisse, pour que l’Homme transcende dans une piété sincère. Malgré le temps, le tableau dépeinte par les observateurs européens n’a pas encore perdu ses vives couleurs des siècles passés (note 7).
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. Une difficulté d’ordre pratique se dessine cependant, quant à l’interprétation de l’état d’esprit religieux. Est-ce l’expression de la tolérance traditionnelle – réelle ou imaginaire - dont les Albanais sont si fiers, à juste titre ? ou, au contraire : un état de mysticisme incertain où manque « le lien direct entre l’identité communautaire et le sentiment religieux personnel d’un individu » ? Sommes-nous dans « un fonds religieux commun dans laquelle les cultes religieux se rejoignent et où les contours des identités religieuses s’effacent » ou plutôt dans une croyance banale où la trivialité du quotidien remplace l’élévation spirituelle à travers la prière ?
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. A travers le filtre instrumentaliste « nationaliste », on peut déduire intuitivement que cela n’est que l’effet d’une islamisation peu profonde effectuée sur une population au sein de laquelle les croyances chrétiennes antérieures hésitaient à choisir entre le catholicisme et l’orthodoxie. Si l’on ajoute également l’effet déstabilisant du Bektashisme qui puisait ses racines dans les superstitions païennes afin de réunir ses adeptes autour d’une hérésie, on ne doit pas être très loin d’une nouvelle « exception albanaise ». Exception ou pas, ces identités religieuses interagissent et s’expriment en étroite relation avec d’autres éléments tout aussi essentiels de nature ethnolinguistique, culturelle, voire régionale. On n’ose même pas imaginer le résultat d’une telle superposition de facteurs, agissant sur une telle variation de groupements humains fragmentés.
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. Ce qui semble être un prédicat interne de la nation albanaise est justement cette façon authentique de trouver l’équilibre à travers l’instabilité, de créer l’ordre par le désordre. Il semble également qu’il préfère plutôt évoluer dans son état naturel isentropique que de se plier à l’autorité artificielle de la Providence. Devant de tels esprits « insensibles » et peu malléables, les religions s’émoussent ; elles perdent leur splendeur, leur attrait mystérieux, leur pouvoir occulte ainsi que leur agressivité caractéristique. Elles deviennent un fertilisant quelconque du terroir culturel communautaire. Il importe peu que les gens se perdent dans ce dédale de dogmes incomplets et de communautés morcelées, pourvu que cet enchantement envers ce monde unique perdure. Or, l’ennui est qu’ils sont entourés d’un monde extérieur qui tourne sur des principes différents des leurs.
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. Ce peuple qui se croit descendre des Dieux, sinon des Pélasges et par conséquent, aussi divins qu’eux, s’est toujours trouvé face à une énigme inextricable, s’est toujours heurté à un mur d’incompréhension :
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. Tandis qu’ils disposent de tels moyens humains, capables d’envahir les Balkans, de reconstituer des États mourants ou encore de remettre sur pied des Empires, ils demeurent impuissants face à l’appétit des voisins insatiables. Tandis qu’ils exportent des Hommes illustres au monde entier, il n’y a que les dictateurs qui leur réussissent. Tandis qu’à priori, ils sont les meilleurs combattants du monde, tous les agresseurs rentrent chez eux comme dans un moulin. Tandis que le monde environnant n’arête pas de s’agrandir, leur espace vital diminue sans cesse. Pourquoi Dieu est-il si injuste avec eux ?
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. Peut être parce que, à force de « jeter une poignée d’encens dans chaque autel de tous les Dieux qu’il a entendu parler », ils ne sont entendus par personne. Ne serait-il plus judicieux de choisir un seul, le meilleur ? L’idée n’est pas neuve. Elle est née à cette époque lointaine de la « Renaissance Nationale », fruit du talent de Pashko Vasa, mieux connu sous Vaso Pasha – un homme de lettres et de politique, originaire de Shkodër. Son quatrain, désormais fameux, devient tout un programme : « Lève-toi l’Albanais, sors de ta torpeur ; Autour d’une besa serrez-vous, tous frères ; N’admirez pas églises et mosquées : La foi des Albanais demeure l’albanité !” Voici le Dieu qui leur a manqué : l’albanité, un idéal national qui réside hors les particularités multiples, voire religieuses.
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. - L’albanité veut ainsi dire transcender les religions actuelles - voici le sens direct d’interprétation de cet appel, lancé en ce lointain 1878. Sous cette bannière, quelques représentants des leurs élites se sont réunis autour du projet de la Nation albanaise. Il est symptomatique qu’aujourd’hui, l’appel initial de Vasa continue à être interprété comme « non religieux mais pas antireligieux, un principe politique, qui visait l’union des Albanais au-delà de leurs appartenances religieuses », comme un effort pour « laïciser la conscience nationale » (note 8) qui pouvait heurter même les institutions ecclésiastiques – vu leur tendance à servir les intérêts des étrangers.
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. - Parallèlement à l’effort vasian de « laïcisation de la conscience religieuse », une poignée d’albanistes de l’époque préparatoire de l’indépendance a toujours été de l’avis que l’essence de l’albanité ne résidait pas dans « la dénonciation de l’altérité religieuse et encore moins dans condamnation de la religion en tant que telle ». Il s’agissait plutôt de contrer l’utilisation de la religion « en tant qu’instrument de division par des hiérarchies ecclésiastiques non nationales » (note 9). Ce sens généraliste de l’albanité trouve son écho dans l’activisme de quelques figures illustres du Mouvement National qui soulignaient consciemment - ou qui sentaient inconsciemment – que la foi religieuse demeurait un élément de première main de la construction de l’identité nationale et que, l’opposition à la réalité multiconfessionnelle pourrait produire l’image d’un Albanais « agnostique », voire « athée ». Dans le sillage de cette mouvance, Naim Frashëri lançait un appel aux responsables bektashi pour qu’ils s’investissent activement à l’albanisme car selon lui, le bektashisme demeurait l’expression de la croyance au « Dieu véritable ». Au-delà de toute conception politique, l’instrumentalisation nationaliste de la religion trouvait sa place à l’intérieur de son large sphère spirituelle..
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. - L’autre sens – l’indirect - est celui qui a germé après la création de l’État indépendant : l’albanité veut dire nationaliser les religions. Ce projet a touché tour à tour les musulmans sunnites, les Bektashis ou encore les Orthodoxes qui sous l’optique patriotique coupèrent leurs liens avec leurs centres respectifs, pour trouver un statut autocéphale. Le résultat dépasse les commentaires : les sunnites ont perdu à la fois les subsides et ressourcement dans le dogme : les Bektashis se sont déclarés le « centre de l’univers » tandis que les orthodoxes ont du déambuler durant des années pour réunir les trois malheureux membres de leur Saint Synode. Cela a, certes, renforcé l’autorité d’un roi laïque comme Zog Ier dans son rôle de protecteur des religions, aggravant entre temps le dilemme identitaire.
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. - Un quatrième sens – l’apocryphe – était celui adapté par les autorités communistes : l’albanité veut dire supprimer les religions au nom d’une cause, qui dans son ultime but peut être assimilé à l’idéal national. Les résultats d’un tel projet furent immédiates : l’irréductible clergé catholique fut exterminé, le malléable clergé sunnite fut réduit au silence et absorbé, le plaisant clergé orthodoxe fut utilisé puis écarté, l’original clergé Bektashi fut d’abord félicité puis remercié. Tous – curés, papas, hoxhas, babas – perdirent tour à tour leurs croix et croissants, leurs barbes, leurs soutanes, leurs couvre-chefs et enfin leurs têtes ; le pays perdit ses monuments de culture ; les croyants leurs lieu de culte ; les gens simples leurs repères. Plus qu’un désastre, ce fut un cataclysme, un déluge tel que Noé à vécu à son temps. Sauf, que le nouveau Noé n’avait rien à mettre dans son arche car tout avait péri entre-temps, y compris l’albanité nouvelle.
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. - Un dernier sens - le contresens – est né dans nous jours. Selon ce dernier, l’albanité ne peut être conçue qu’à travers une option unique : choisir la véritable Religion, celle qui rapprocherait les Albanais au monde actuel. Parmi les multiples représentants des divers courants de cette pensée philosophique, deux d’entre eux sortent du lot, proposant des issues totalement différents, voire antagonistes. Le premier, Ismail Kadare, appartient à la catégorie des « occidentalistes » qui rejettent l’Islam ainsi que le passé ottoman du pays, au nom de la modernité et des valeurs européennes (note 10). Le second, Abdi Baleta, s’érige en représentant du courant « islamo-nationaliste ». Il soutient l’idée d’un retour sans concessions à l’Islam – à ce générateur de la conscience collective - au nom du salut de la Nation albanaise qui a été façonné, élevé, voire préservé par les Ottomans. D’ailleurs, c’est à travers l’Islam en tant que vecteur commun que « l’unité nationale albanaise ou l’unité de l’Albanie ethnique divisée » puisse être retrouvée.
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. Qui des deux détient la clé de l’avenir ? Probablement aucun. Ce n’est pas en faisant des rêves prémonitoires de genre : « .. que mon peuple ait accepté enfin la religion catholique de ses aïeuls et que mon pays ait choisi de joindre son destin : celui de la communauté des pays civilisés et chrétiens de l’Europe.. » que « l’image mutilé » de l’Albanie acquiert une chance supplémentaire d’être refaite à neuf. Ce n’est pas non plus, en s’accrochant à une certaine conception du passé désormais révolue, qu’on puisse arriver à épanouir les aspirations légitimes de ces musulmans à la recherche des « paradis perdus ». Faut-il pour autant accepter un nouveau pari, celui prôné par la nouvelle intelligentsia, qui fait appel au dynamisme humain des Gegs et des Kosovars musulmans, dopé par une culture geg qui puise ses racines dans l’héritage catholique (note 11) ? Que faire alors de cette Nation multiconfessionnelle, de cette richesse dont tous les héritiers se sont disputés les faveurs, avant de demander le du qui est le leur ? Que faire également de la croyance de tout en chacun, de cette valeur universelle, de ce droit inaliénable de l’individu - défini comme tel dans toutes les Chartes du monde ?
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. Mais enfin : qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Le sens du débat actuel est clair, quoique les questions soient aussi veilles que l’humanité. Soulevant de telles questions essentielles, sommes-nous en train de convaincre nous-mêmes ou, en revanche, essayons-nous d’ouvrir les yeux à ceux qui sont censés nous accueillir un jour ? Un peu les deux à la fois car, quelque part, on nourrit l’espoir secret que plus on est solidaire, mieux on peut convaincre.
. Avouons-le, si le spectre d’une Turquie musulmane, bientôt membre de la Communauté européenne, effraie la plupart des cercles chrétiens d’Europe, le refus poli mais ferme, prononcé jusqu’à présent par les Vingt-Cinq pays unis, terrifie et affole l’Albanie. Débarrassons-nous alors de la Turquie et à l’occasion, de quelques siècles de notre passé ! Pourquoi alors, ces Albanais – si connus pour leur opportunisme en matière de religion – n’entameraient-ils pas le chemin de croix à l’envers : se convertir massivement en chrétiens, catholiques si possible, afin d’être acceptés, voire intégrés en Europe ? Tant que la Grèce régularise quelques anonymes, devenus entre temps orthodoxes ne serait-ce que pour accélérer ce processus ; tant que l’Église catholique ouvre ses portes à quelques « brebis galeuses », venant du monde politique, pourquoi l’Europe unie n’accueillerait-elle pas tout un peuple qui, illuminé subitement au vue de la grande porte, s’est converti en masse et dans la joie, aux bords de l’Adriatique ?
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. Ces scénarios, faits pour les candides, ne réussissent pas à faire l’unanimité à l’intérieur de l’espace albanais. Établissant de nouvelles catégories imaginaires, tels que « l’identité européenne des Albanais (note 12) », ils ne font que soulever les contradictions et attiser les passions autour du thème de l’identité nationale – absente depuis un moment sur la place publique. Avec l’Europe désormais en vue, il est légitime de souligner que « nous appartenons à l’Europe » - comme Kadare le fait. Sauf que, ce cri de cœur si lapidaire soit-il ne supprime pas l’envie à poser la véritable question : « est-ce que l’Europe veut de nous ? ».
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. Chacun peut constater – et les hommes politiques d’abord – que l’optimisme de Bruxelles paraît circonspect à plusieurs titres. Ils suffit de suivre l’actualité et d’observer la façon dont les pays balkaniques tels que la Bulgarie ou la Roumanie ont été intégrés. Entre temps, ni les Européens ne semblent être assurés sur leur propre avenir ni les États membres ne semblent enthousiastes à faire d’autres sacrifices financiers. L’horizon 2015 voire 2020 paraît toujours plus possible que certain. Cela laisse au moins le temps nécessaire d’approfondir cette question de l’identité albanaise qui, si l’on croit les spécialistes (note 13), demeure largement dépendant d’une connaissance défaillante du passé des Albanais et de leur psychologie.Toutefois, avant de commencer leur éprouvante aggiornamento, les Albanais ont intérêt à savoir d’avance que représente-t-elle l’identité européenne des européens.
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. 1) La comparaison avec les Bosniaques s’impose surtout pour des raisons historiques, malgré le fait que l’appartenance confessionnelle de ces derniers est fondamentalement différente de celle des Albanais. En 1879, les musulmans bosniaques constituaient seulement 38.7% de la population totale, le reste étant des chrétiens orthodoxes et catholiques – respectivement 42.9% et 18.1%. En 1921, le nombre des musulmans décroît d’avantage et il représente que 31% de la population. Seulement en 1971, les musulmans deviennent majoritaires en Bosnie-Herzégovine - (39.6%), devant les serbes (37.2%) et les croates (20.6%), et en 1991, à la veille de l’indépendance, les musulmans constituaient 43.7% de la population de la république. Voir : Xavier BOUGAREL - Bosnie, Anatomie d’un conflit. Paris, 1996.
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. 2) Installées au pays à l’époque de la haute conquête ottomane, les confréries mystiques font désormais partie intégrante du décor local. Sans aucun doute, les Bektashis constituent le courant le plus populaire et l’un des plus influents. Ils sont suivis de près par les Halveti, les Kadiri, les Mevlevi, les Saadi, les Rifai et autres Celveti, tous considérés comme des composantes de la famille Alevian ou Alevi. Selon les spécialistes, du point de vue doctrinal, « le Bektashizme représente un Islam hétérodoxe, un système éclectique et syncrétique hétérogène et souvent incohérent – un conglomérat d’ésotérisme musulman, des croyances indigènes d’Anatolie et d’Iran avec l’infiltration de diverses formes schismatiques chrétiennes ainsi que des idées philosophiques soufi ». Si l’on rajoute également « plusieurs influences, croyances et traditions populaires balkaniques de l’époque pré-ottomane » ainsi que « des pratiques turco-shamanistes, des éléments provenant des systèmes mystiques proto-turques, des préceptes de l’orthodoxie Shiite et d’autres principes de l’extrémisme religieux », on comprend mieux pourquoi la définition du Bektashizme demeure encore problématique.Frappés d’interdiction par le Sultan Mahmoud IInd suite à l’extermination des Janissaires en 1826, les Bektashis ont pu survivre en Albanie, se rattachant au courant traditionnel sunni. Plusieurs figures marquées de l’histoire du pays sont issues de ce milieu fécond, parmi lesquelles se distinguent les frères Frashëri. Voir sur le sujet : Rajwantee LAKSHMAN-LEPAIN - Bektashis of Albania, Minorities in Southeast Europe, Center for Documentation and Information on Minorities in Europe - Southeast Europe (CEDIME-SE), septembre 2000.
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. (3) Selon le recensement effectué par les Italiens, le pays comptait 1.128.143 habitants. De ce nombre étaient les 779.417 musulmans y compris les Bektashis, soit 69% de la population totale, les 232.320 orthodoxes, soit 21%, et enfin les 116.259 catholiques, soit 10%. Voir sur le sujet : Robert ELSIE – Islam and the Dervish orders of Albania : un Introduction to their history, development and their current situation. Dans; www. Elsie.de/Dr Robert Elsie. Le décompte présenté par Odile Daniel, provient également de cette époque et représente des chiffres similaires avec le précédents: 763.723 musulmans (68.9% de la population totale), dont 599.524 sunnites (54.2%) et 164.199 membres des sectes mystiques (14.8%), 229.080 orthodoxes (20.7%) et 113.897 catholiques (10.3%). Voir : Odile DANIEL – Nationalité et religion en Albanie, L’Autre Europe, n° 21-22, 1989.
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. (4) Quant à a la géographie religieuse des Albanais, voir: Jean – Arnault DERENS – Christianisme et identité albanaise, Religioscope, Études et analyses nr. 12, mai 2007. Dans : http://religion.info/.
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. 5) Rajwantee LAKSHMAN-LEPAIN – Albanie, les enjeux de la réislamisation, dans : Xavier BOUGAREL et Nathalie CLAYER (sous la dir.) – Le Nouvel Islam balkanique, les musulmans, acteurs du post-communisme 1990 – 2000, Édition Maisonneuve & Larousse, Paris, 2001.
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. 6) Rajwantee LAKSHMAN-LEPAIN – Albanie, les enjeux de la réislamisation, dans : Xavier BOUGAREL et Nathalie CLAYER (sous la dir.) – ibid. cité.
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. 7) Lady Montagu, l’épouse de l’ambassadeur de Sa Majesté la Reine d’Angleterre à Constantinople (1717, écrit à ce sujet : « Ces gens qui vivent entre chrétiens et mahométans et qui ne sont pas versés en controverse, se déclarent absolument incapables de juger quelle est la meilleure religion ; mais, pour être certains de ne pas rejeter entièrement la vérité, avec une très grande prudence, ils observent les deux et vont à la mosquée le vendredi et à l'église le dimanche .. ». Voir : Mary WORTLEY MONTAGU - Letters and Works éd. Lord Wharncliffe Philadelphia 1837 ; cité dans : Faik KONICA - Shqipëria: kopshti shkëmbor i Evropës juglindore (l’Albanie, jardin montagneux du sud-est de l’Europe) : dans Œuvres, Tirana 1993.Mieux encore, Hughes écrit ceci : « le musulman albanais souvent prend pour épouse une chrétienne. Il amène ses fils à la mosquée et il permet à ses filles d’aller à l’église avec leur mère. Lui-même va d’un temple à l’autre sans gène ». Voir : T.S. HUGHES - Travels in Greece and Albania, London 1830, 2 éd., vol 2 ; également cité dans : Faik KONICA - Shqipëria: kopshti shkëmbor i Evropës juglindore (l’Albanie, jardin montagneux du sud-est de l’Europe) : dans Œuvres, Tirana 1993.
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. 8) Kolektiv autorësh (Instituti i Historisë - Akademia e Shkencave të Shqipërisë) - Historia e Popullit Shqiptar v.I e II , Bot.. Toena, Tiranë, 1994 - 2002.
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. 9) A l'appui de cette idée, entre autres Clayer cite Mgr Fan Noli. Ce dernier, en une tribune éditée par le journal "Kombi" en 1938, s'exprime suir le fait religieux et sotient la thèse que si les divisions religieuses ont créé une division ethnique entre Albanais, cela est l'oeuvre de la plus haute hiérarchie ecclésiastique "étrangère" qui avait transformé la division religieuse en contradiction politique, plus particulièrment entre les chrétiens orthodoxes et les musulmans. Ainsi, Noli venait au conclusion que ce n'étaient pas les religions qu'il fallait changer - d'autant plus que cela ne peut être imposé à la population - mais les ecclésiastiques, les serviteurs du culte car ces derniers étaient devenus des instruments des ennemis politiques de la nation. Voir: Nathalie CLAYER – Aux origines du nationalisme albanais : la naissance d’une nation majoritairement musulmane en Europe. Éd. Carthala, Paris 2007.
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. 10) Elle est déjà connu l’opinion de l’écrivain qui épingle l’Islam comme « l’un des deux plus lourds malheurs qui ont frappé le peuple albanais, l’autre étant le communisme ». Il a récidivé de nouveau avec ses opinions qui qualifient le catholicisme comme « la première religion des Albanais », rajoutant également que « les orthodoxes ne sont que des catholiques convertis durant la scission de l’Église chrétienne »..
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. 11) L’image est donné par Vehbiu dans : Ardian VEHBIU - Standard Albanian and the Gheg Renaissance: A Sociolinguistic Perspective, Dans : International Journal of Albanian Studies (IJAS), vol 1, issue 1, fall 1997, N Y. Il est ensuite repris et analysé par Clayer dans : Nathalie CLAYER - Islam et Identité Nationale dans l’Espace albanais (Albanie, Macédoine, Kosovo) 1989-1998, Archives de Sciences Sociales des Religions 115, Juillet - Septembre 2001.
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. 12) Il s’agit d’un débat, dominé par la polémique entre I. Kadare et R. Qosja après la publication de leurs dernières œuvres respectives « Identiteti Evropian i Shqiptarëve - sprovë (l’Identité Européenne des Albanais – un essai) » et « Ideologjia e Shpërbërjes (l’Idéologie de la fission) ». Comme les titres laissent apparaître, l’objet de la polémique est l’influence des cultures européennes et ottomanes sur l’identité des Albanais actuels.
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. 13) Rajwantee LAKSHMAN-LEPAIN – L’Albanie : une nation encore à inventer ?, dans: DE WAELE J.-M. & GJELOSHAJ K. (sous la dir.) - De la question albanaise au Kosovo, Éd. Complexe, 1999.

lundi 13 octobre 2008

Les identités éteintes de la diaspora.

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. Depuis que le nom Albanais est apparu dans les Balkans, il est devenu à tort ou à raison synonyme de quelqu’un qui quitte son pays pour aller ailleurs, la plupart du temps pour s’installer chez ses voisins. Sur ce sujet, on connaît déjà l’opinion des historiens serbes qui répètent à l’envie l’invasion albanaise du Kosovë – sûrement parce qu’aujourd’hui cette province est définitivement acquise aux Albanais. On connaît à peine celui des historiens grecs qui demeurent muets quant à l'envahissement albanaise de la Grèce depuis les temps reculés. Et pourtant, Dieu sait que si le premier cas de figure est hautement suspect pour ne pas dire imaginaire, le second est bien réel. Les raisons d’un tel mutisme sont tout à fait compréhensibles : personne ne veut admettre que la nation moderne grecque ait pu naître sur une telle souche, d’autant plus qu’elle est actuellement invisible.
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. Toutefois, l’histoire a retenu qu’au milieu du XIVème siècle, répondant à l’appel des seigneurs byzantins, francs, serbes, catalans ou vénitiens, d’importantes vagues migratoires albanaises repeuplèrent les régions de Thessalie et d’Attique ainsi qu’une partie du Péloponnèse. Ils ont fondé de très nombreux centres d’habitation de nature agricole ou pastorale, contribuant à la résurrection de ces anciennes provinces byzantines, dévastées par les guerres, la famine et les épidémies. L’histoire a retenu également qu’une seconde vague rejoint les contrées hellènes vers la fin du XVème siècle, avec l’extension de la résistance albanaise dirigée par Skënderbej contre les Ottomans. Des milliers de familles albanaises furent installés dans la région d’Attique, de la Thrace et dans les îles de l’Egée (Eubée, Andros, Ydra, Spetses). D’autres vagues migratoires de moindre importance d’albanophones survinrent plus tard, durant le XVIIème, voire le début du XVIIIème siècle, fuyant parfois l’islamisation des terres albanaises ou la vengeance des seigneurs locaux. Ce fut le cas des habitants de la région de Souli, pourchassés par Ali Pacha de Tepelenë. Ce parfait mélange entre le substrat local hellène et le soutien albanais s’est montré d’une étonnante vitalité et d’une redoutable efficacité. Elle a survolé le temps et surpris les Ottomans durant le célèbre Révolution grecque. D’entières générations de marins, d’armatoles, et autres klephtes étaient issues de ce milieu hautement explosif, tout comme leurs adversaires ottomanisants des beys et leurs milices musulmanes, souvent d’origine albanaise. Jetés à corps perdu dans cette effroyable boucherie gréco-albano-ottomane, ils ont écrit les épisodes les plus poignants à Tripolitza, à Athènes, à Mesolonghi et à Chio.
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. Les Kolokotronis, Bouboulina, Koundouriotis et autres Botzaris, Miaulis ou Kanaris, étaient tous de sang albanais – des Arvanitas qui parlaient une idiome archaïque du dialecte tosk de l’albanais. Ils se sont combattus, se sont tués et entretués pour faire cette nouvelle Grèce minuscule, mais indépendante, entre 1821 et 1829.
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. Ces voyageurs européens qui - découvrant la Grèce – ont aperçu les deux races qui la composaient, les Grecs et les Albanais[note 1] ne se sont point trompés : les Arvanitas ont veillé sur le berceau de leur pays d’adoption. Ils ont également œuvré à la gloire de la Grèce, souvent au détriment de leur ancien pays d’origine.S’unissant au creuset de la formation de l’identité grecque, l’autre identité – celle albanaise – a du se diluer. C’était le prix à payer pour devenir un parfait citoyen hellène. Depuis, les Arvanites se sont considérés être une composante essentielle de la société grecque, refusant assidûment de s’identifier aux Albanais actuels. De très bons chrétiens, voire des fondamentalistes orthodoxes et adeptes de l’ancien calendrier, ils se sont définitivement différencié de l’État qui a pu naître dans les contrées jadis les leurs. Renier une telle image de laïcité pour ne pas dire musulmane, devenue plus tard le symbole d’Antéchrist - communiste et athée, tel était devoir premier de l’Église grecque dont ils sont les plus fidèles serviteurs. Dans cette espèce d’antagonisme larvé qui a sévi continuellement entre voisins balkaniques et qui souvent tourne en conflit, ils ont choisi définitivement le camp des fervents défenseurs de l’État hellène[note 2]. La seule marque d’origine qui perdure encore est leur langue qui a disparu de la place publique, se rétractant dans quelques cercles familiaux. [pour lire l'article en entier, cliquer ici] .
. Constituent-ils une minorité ethnique dans le vrai sens du terme ? Avant de laisser le soin au législateur de donner une définition durable et universelle du terme « minorité ethnique » il faut rappeler que sur le sol grec vivent aujourd’hui 200.000 arvanites (1.600.000 selon les estimations des membres de la communauté) et que toute tentative de récupération aux fins nationalistes est vaine et sans aucun fondement. Avant tout, cette communauté témoigne de l’existence des destins parallèles : celle d’une nation entière, vitale et en pleine recherche identitaire et celle de son ancienne branche, gardienne d’une certaine forme de mémoire linguistique.
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. Le dernier service, mais pas le moindre, qu’ils rendent à l’État hellène est le rôle de prête-nom : derrière l’appellation Arvanites se cachent aujourd’hui toutes les autres populations d’origine albanaise vivant sur le territoire grec. L’agrandissement du royaume Hellénique dans les régions septentrionales aux dépens de l’Empire ottoman mourant, à la fin de XIXème siècle et au début du XXème, entraîna l’annexion de larges territoires où les Albanais et les Grecs se sont toujours côtoyés. L’expansion de la Grèce vers le Nord et le Nord-Ouest fut préparée longtemps en avance par les cercles panhelléniques de l’Athènes, envoyant dans ces territoires des bandes armées qui terrorisèrent la population locale et qui éliminèrent les éléments nationalistes albanais les plus marqués. Entre les guerres de 1897 et celles balkaniques, la Grèce s’empara des territoires de la Macédoine méridionale, autour le lac de Prespë – y compris la population locale d’origine albanaise qui vivait depuis des lustres dans les villes comme Castoria ou Konitsa, qui était albanaise sans être arvanites. Parallèlement, la Grèce annexait de larges territoires de l’Épire du Nord, y compris les villes de Arta, Préveza, Igouménitsa et Janina – la Çamëria (Tsamouria des Grecs). La prise de l’Épire fut suivi par l’expulsion et l’expropriation des populations locales albanophones, à majorité musulmanes. Tout le monde ou presque en Albanie se souvient de ces vagues humaines, repoussés hors de la Grèce, dont les derniers faits remontent entre les années vingt et les années quarante du siècle dernier. Il s’agissait de milliers et de dizaines de milliers de personnes, des familles entières, une population entière appelée çam, qui laissèrent tout derrière eux pour s’installer sur des terres nouvelles entre Konispol et Durrës. Une minorité restante fut obligée de changer sa religion, son mode de vie et jusqu’aux noms de famille pour survivre. En 1937, les statistiques grecques reconnaissaient encore 90.000 albanophones malgré l’interdiction formelle d’usage de leur langue. Aujourd’hui, personne ou presque en Grèce ne se souvient de ces faits et de cette « purification ethnique » qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de gens[note 3]. Bien au contraire, selon le point de vue officiel des gouvernements successifs de l’Athènes, il n’existe pas de minorité albanaise sur le sol grecque[note 4]. Vu d’Athènes tout semble être conforme car aucune statistique officielle ne laisse filtrer le nombre exact des albanophones ou de ceux qui se réclament comme tels Peu importe si les sources non-grecques, appuyées sur des estimations approximatives, avancent un chiffre compris entre 400.000 à 1.000.000. Il faut ajouter à cela un demi-million de nouveaux migrants qui sont considérés comme économiques.
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. Une seconde branche de la diaspora est celle des Arbëresh de l’Italie. Cette importante colonie albanaise vit sur la péninsule Apennine depuis le XVème siècle. Une partie d’entre eux quittèrent leur pays d’origine qui à l’époque s’appelait Arbëri – le pays des Arbër - après la mort de Skënderbej et la prise des dernières villes (Krujë et Shkodër) par les Ottomans. De nombreux autres vinrent des contrées grecques, des Arvanites fuyant l’avancée ottomane. Ils se sont installés depuis dans plusieurs villages de Calabre, de Basilicate et de Sicile, préservant leurs coutumes et surtout leur langue archaïque. Du point de vue historique et même linguistique, les Arbëresh sont très proches des Arvanites ; ils se diffèrent sensiblement quant aux liens avec l’Albanie : tandis que les Arvanites se sont dévoués corps et âme à leur pays d’accueil, les Arbëresh ont donné une contribution appréciable dans l’évolution de la culture et de la langue albanaise à travers des siècles. Leur nombre aujourd’hui s’estime entre 115.000 et 120.000 répartis entre 47 communes, dispersées sur sept régions (Abruzzes, Molise, Pouilles, Campanie, Basilicate, Calabre et Sicile) et neuf provinces (Pescara, Campobasso, Avellino, Foggia, Taranto, Potenza, Cosenza, Catanzaro et Palerme).
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. Les Arbëresh ne sont pas reconnus en tant que minorité nationale. Par conséquent, leur langue ne fait pas partie du groupe de langues minoritaires dont la tutelle est assurée par l'État en vertu de la Constitution italienne. Cependant sur le plan régional, l'albanais jouit d'une certaine reconnaissance officielle dans les statuts d'autonomie de la Calabre, de la Basilicata et de Molise.
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. Enfin, il reste « la Terza Albania » ou la diaspora albanaise de par l’Europe et le monde. Sans aucun doute, la Turquie a été depuis des siècles la première destination des Albanais en quête de travail ou de gloire. Les arrière-arrière-petits-fils et petites-filles de ces militaires ou fonctionnaires, de ces artisans ou commerçants d’origine albanaise – ou Arnaouts – se comptent par centaines de milliers, voire quelques millions, éparpillés entre Istanbul, Izmir, Brousse et Anatolie. Rares sont ceux qui le savent et encore moins ceux qui utilisent leur langue à l’usage domestique. Plusieurs milliers d’autres albanophones se sont été installés sur les terres turques au cours du XXème siècle. Il s’agit de Kosovars et d’Albanais de Macédoine de confession musulmane chassés par la Yougoslavie royale et de Tito ; il s’agit encore des albanophones de Grèce, échangés contre les Grecs de l’Asie mineure ; il s’agit enfin des Albanais proprement dit – des panislamistes, des antizoguistes, des anticommunistes, des post-communistes, des pro-Berisha et tant d’autres.
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. A part la Turquie, les Albanais ont migré depuis le XIXème siècle dans nombreux pays voisins (Roumanie, Bulgarie..) ou dans d’autres pays du bassin méditerranéen (Égypte) où ils ont crée de véritables colonies à vocation commerciale ou ouvrière[note 5]. Il est toujours très difficile d’évaluer leur nombre, d’autant plus que en d’autres temps plus modernes, ils n’ont pas hésité à quitter leurs pays d’accueil pour traverser l’océan à la découverte du Nouveau Monde.
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. Dès la fin de XIXème siècle, les flux migratoires albanais furent réorientés vers l’Amérique du Nord, l’Argentine ou encore l’Australie. Les États Unis demeurent largement en tête grâce à leurs centres industriels - Boston, Detroit, Chicago, New York, qui furent de gros consommateurs de main d’œuvre bon marché. Actuellement, on dénombre quelques centaines de milliers d’Albanais aux States – venant d’Albanie, du Kosovë et de la Macédoine depuis un siècle - et une centaine de milliers au Canada.
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. Le vieux Continent n’a pas été épargné non plus par l’immigration des Albanais. Jusqu’à une date récente, l’Allemagne et la Suisse furent des destinations privilégiées pour les Kosovars en quête de travail tandis qu’actuellement les Albanais se dirigent vers l’Angleterre, en passant par la Belgique, voire la France. ----------------------------------------------------------------------------
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. [1] Voir sur ce sujet : Jean-Claude BERCHET (éd.) – Le Voyage en Orient : Anthologie des voyageurs français dans le Levant au XIXème siècle, éd. Laffont, Paris 1992.
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. [2] Est-ce pour cela et pour d’autres services rendus à la nation que le gouvernement grec considère les Arvanites comme un insignifiant groupe ethnique, classé juste après les Roms et loin derrière les Valaques, les Dopii (les Gréco-Macédoniens) ou les Pomaques (minorité bulgare convertie à l’islam) ? Pour plus de détails sur le sujet voir le site officiel de l’Ambassade de Grèce en France .
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. [3] Le choix du terme approprié devient difficile : entre le mot génocide employé par les représentants çam et « purification ethnique » tant utilisé dans cette fin du XXème siècle c’est sûrement le deuxième qui doit l’emporter. La première vague des atrocités et des massacres contre la population çam de confession musulmane a touché la région de Çamëri (Tsamouria en grec) après les guerres balkaniques et à la veille de la création de l’Etat indépendant albanais. Entre les tueries sur place, l’expropriation des terres, l’exil de quelques milliers de jeunes dans les îles égéennes et le départ forcé en Turquie, les çams eurent l’aperçu du prix à payer pour devenir citoyens grecs. La deuxième vague suivit la signature du traité de Lausanne (janvier 1923) qui prévoyait l’échange des populations entre la Grèce et la Turquie. Face à la protestation albanaise, la Ligue des Nations dépêcha une Commission sur place et conclut à l’exclusion du déplacement des populations musulmanes albanophones d’Epire. Malgré cela, des dizaines de milliers de gens d’origine albanaise ont été transférés de force vers l’Anatolie tandis que de milliers d’autres rentrèrent en Albanie ou choisirent l’émigration. La troisième vague, la plus meurtrière, survint durant l’été de 1944, œuvre de l’EDES (Ligue Nationale Démocrate Hellène) du Général Napoléon Zervas, lui aussi d’origine Arvanitas. Environ 30.000 musulmans çams, accusé de collaboration et de connivence avec les forces de l’Axe, ont été chassés vers la frontière albanaise. L’expulsion a été menée dans véritable bain de sang, de destruction de leurs maisons et d’expropriation de leurs biens, sous le regard des officiers de liaison britanniques. Aujourd’hui, on compte quelques 200.000 çams de confession musulmane en Albanie et environ 40.000 çams de confession orthodoxe en Grèce. Pour plus de détails voir : Miranda VICKERS – The Cham Issue, Albanian National & Property Claim in Greece – Conflict Studies Research Center, G109, april 2002.
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. [4] Le recensement de la population de Grèce effectué en 1985 donne le tableau suivant : Grecs 98.5%, Turcs (musulmans) 0.9% - environ 120.000 personnes vivant en Thrace occidentale, Pomaques 0.3%, Arméniens 0.2%. Dans un Balkan dominé par les problèmes d’interpénétration des populations et des minorités ethniques, la Grèce représente pour ainsi dire un cas « unique » d’un pays pur de point de vue ethnique, survolant à l’aide des minorités grecques qui se trouvent naturellement dans tout pays limitrophe.
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. [5] Pour créer une idée sur l’implantation des Albanais en Turquie et en Roumanie voir : Gilles de RAPPER - Les Albanais à Istanbul, Dossiers de l’IFEA, Nr. 3, Institut Français des Études Anatoliennes, 2000 ; ou encore : Sébastien GRICOURT – La participation de la communauté albanaise de Roumanie au mouvement national albanais (1878 – 1912), Mémoire de DREA, Institut National des Langues et des Civilisations Orientales (INALCO), Paris – juin 2003.

dimanche 5 octobre 2008

Les identités tronquées des minorités.

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. Avec seulement 5 à 6 % de minorités nationales et ethniques vivant sur son territoire, l’Albanie est un cas singulier au sein de la communauté balkanique, connue pour ses débordements d’ordre ethnique. Cela s’explique en premier lieu pour des raisons historiques, liées à la création de l’État albanais. Dernier-né de la région, à la veille de la Première Guerre mondiale, il a du accepter des solutions territoriales qui correspondaient plutôt aux convoitises des voisins rapaces qu’aux vœux des Albanais. Le résultat se passe de commentaires : les frontières ont été tracées bien à l’intérieur de l’aire de peuplement de l’ethnie albanaise ce qui a fortement réduit les probabilités d’inclusion des populations étrangères au sein du nouvel État. Cela étant dit, vu le chevauchement inextricable des populations balkaniques, il a du recueillir quelques dizaines de milliers de Grecs, quelques milliers de Macédoniens, quelques centaines de Monténégrins et un nombre indéfini de Valaques ou de Roms (quelques dizaines de milliers pour chacune communauté ?) – une misère par rapport à quelques centaines de milliers d’Albanais restés dehors.
. Suivant leur degré de sédentarisation et d’attachement avec leur pays d’origine, on distingue des minorités nationales ou les rassemblées (Grecs, Macédoniens et Monténégrins) et les minorités ethniques ou les dispersées (Valaques et Roms, Juifs et Arméniens).
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. La minorité grecque, la plus nombreuse et la plus organisée du pays, a des profondes racines dans les districts méridionaux de Gjirokastër, de Delvinë et de Sarandë tandis que des groupements plus ou moins homogènes de grécophones vivent dans le pourtour frontalier ainsi que sue la côte ionienne (Himarë). Au nom de cette minorité, la Grèce a toujours réclamé ses droits territoriaux sur une large zone du Sud albanais - l’Épire du Nord - et cela, dès le lendemain de la proclamation de l’indépendance albanaise. Malgré le tracé définitif de la frontière méridionale en 1914 et les rectifications successives en 1923, l’État hellène n’a jamais cessé de réclamer son « », incitée sans doute par la faiblesse chronique de son voisin. Cela a généré une tension constante dans les relations réciproques, poussant inévitablement les autorités de Tiranë à sanctionner la minorité grecque.
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. Combien d’individus compte-t-elle cette minorité grecque ? Les estimations ont toujours été contradictoires : en 1922, une enquête menée sous les auspices de la Société des Nations, a établi à 22.500 le nombre des grécophones en Albanie (note 1). En 1989, les sources officielles albanaises rapportent le chiffre de 59.000, soit 2 % de la population de l’époque (note 2). Sans hésiter, les lobbies Épirotes d’Athènes répondent que tout cela est archi-faux car, selon leurs estimations, l’Albanie abrite 400.000 grecs sinon d’avantage, soit plus de 12 % de sa population. Jouant l’arbitre, le gouvernement des États Unis d’Amérique avance « prudemment » le chiffre de 266.000, soit 8% de la population. On aurait envie de dire, à priori, que le gouvernement albanais souhaitait minimiser la présence de la minorité grecque sur son territoire, que les chauvins grecs voulaient surgonfler les effectifs pour mieux appuyer leurs revendications territoriales et que les Américains étaient désintéressés, autrement dit objectifs. Qui devait-on croire ? Une dictature communiste qui régnait par la terreur politique, une démocratie naissante européenne qui défend un groupe minoritaire humilié ou le premier pays démocratique du monde qui veille sur la défense des droits de l’homme ?
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. Toutefois, le « coupable » se voyait de loin : il s’agit de la Société des Nations – le plus désintéressé et le plus neutre de tous. En effet, il était simplement impossible que 67 ans plus tard, la population grécophone de l’Albanie puisse être multipliée par 17,8 – selon les prétentions du gouvernement d’Athènes, voire même par 11,8 – en conformité avec les calculs de Washington. Pour une fois, Tiranë pouvait se sentir comblée car selon elle, la croissance de la minorité grecque demeurait dans les normes de la croissance moyenne de la population globale du pays (2,65 fois contre 2,80 fois).
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. La meilleure façon de découvrir la vérité était de regarder de près cette minorité grecque. Il est vrai que depuis des années, elle avait subi de nombreuses restrictions de ses droits religieux, linguistiques et culturels. Pire encore, elle ne pouvait pratiquement pas communiquer avec le monde hellénique, à deux pas de la frontière, ni se ressourcer dans la culture de ses ancêtres. Malgré tout, elle pouvait s’exprimer librement en privé et en public dans sa langue d’origine, elle jouissait d’écoles primaires et de publications en langue grecque, d’une filière de formation de maîtres d’école toujours en cette langue, ses représentants siégeaient dans les plus hautes instances politiques du pays. Mieux encore, elle bénéficiait de la reconnaissance de son existence : ses membres, ne possédaient-ils des cartes d’identité qui les qualifient de citoyenneté albanaise et de nationalité grecque ? Tout cela n’était pas suffisant pour Athènes qui reprochait à son voisin de vouloir renier l’identité spirituelle de la minorité grecque. Le principal élément qui étayait cette thèse fut la campagne antireligieuse de l’État albanais, démarrée en 1967, perçue avant tout comme une intervention volontariste ayant pour but l’effacement de l’identité nationale. On touche ainsi le fond du problème. Outre le fait de mettre dos à dos deux systèmes politiques antagonistes, cette affaire de minorité grecque met en contradiction deux conceptions sociétaires concurrentes, deux opinions culturelles adverses, deux lectures d’histoire divergentes. (pour lire le texte en entier, cliquer ici) .
. - La première - celle communiste albanaise - relègue les différences (langue, culture) au domaine privé tandis que le domaine public est réservé à l’expression politique conformiste, propre à une société uniformisée et embrigadée par une idéologie dominante. Ce schéma exclut la religion ; d’abord, parce que l’histoire lui a légué une multitude de religions qui apparaissent comme autant de facteurs qui divisent la société et ensuite, parce que l’idéologie marxiste ne peut pas tolérer une « idéologie » concurrente. Sous cette optique, une minorité nationale ou ethnique n’est rien d’autre qu’une composante sociétaire comme toutes les autres : elles participent aux desseins étatiques de la construction du socialisme, subissent les contraintes et souffrent les conséquences. Il importait peu à la dictature du prolétariat si les adversaires politiques à écraser étaient des albanais de souche ou membres des minorités.
. Quant aux écoles de langue grecque ou encore l’inscription « nationalité grecque » sur les papiers d’identité, le régime de Hoxha n’avait rien inventé : il ne faisait que suivre une tradition établie depuis l’époque de la monarchie zogollienne, entérinée par les décisions de la SDN et de la Cour Internationale de Justice de la Haie dans les années trente. Sur ce registre, Hoxha faisait même pire que son illustre prédécesseur car, il n’a jamais osé soulever la question des minorités albanaises qui se trouvaient sur le territoire voisin. Restant sur la défensive, il subissait les effets dévastateurs d’une propagande grecque très active qui annihilait ces peux d’efforts entrepris en faveur de la minorité hellène.
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. - La seconde pratique - celle démocratique grecque - part du principe immuable de cette grande injustice faite au pays hellène avec l’amputation de Vorio Epire, revenue arbitrairement à l’Albanie. Proclamée à haute voix sur la place publique ou murmurée dans les milieux politiques, cette pensée parcourt constamment toutes les initiatives politiques entreprises par Athènes. En d’autres termes, la Grèce ne voit pas une minorité grecque installée chez le voisin mais un prolongement naturel de « sa population » qui vit sur « ses propres territoires » et qui légitime par sa seule existence, les prétentions territoriales grecques sur le Sud albanais.
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. L’autre sujet de discorde demeure la religion. Traditionnellement, la Grèce considère que entre la nationalité et la religion existe une parfaite adéquation. Autrement dit, chaque croyant actif de rite orthodoxe, voire même passif – ou encore toute personne sur son territoire portant un prénom de connotations orthodoxes, est de nationalité grecque. Le pas successif est l’extension du concept sur tout individu qui se trouve sur les territoires voisins. Cela apporte la triple commodité de pouvoir bénéficier du pouvoir spirituel de l’Église comme vecteur nationaliste, de confondre tous les orthodoxes albanais et les Grecs de souche et enfin, d’exclure tous les musulmans de Grèce comme non-grecs. Voici pourquoi, la démocratie hellène manque-t-elle de substantielles minorités nationales sur son territoire, à l’instar des autres pays balkaniques, et cherche-t-elle ses enfants égarés dans les territoires voisins.
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. Si l’on entend enfin, les témoignages directs des représentants de cette minorité en Albanie, il ressort avant tout qu’ils étaient des hommes et des femmes comme tout le monde, coincés entre l’Albanie et la Grèce. Parmi eux, il y avait des croyants, des anciens calendaristes et des athées ; des monarchistes, des républicains et des communistes, des résistants antifascistes, des indifférents et des collabos ; des agents de l’Asfalia grecque et des espions de Sigurimi albanais. Leurs rangs avaient grossi avec les opposants de la dictature de Metaxa, avec les survivants de la Guerre civile de 1946 – 1949. On est loin de ce bloc homogène de nostalgiques de l’hellénisme décrit par Athènes, de ce troupeau de moutons égarés allant aux abattoirs de Hoxha. Cette communauté a vécu tous les aléas de la construction de cette nouvelle société communiste ; elle a eu ses victimes et ses héros, ses relégués dans les camps de travail et ses volontaires dans les nouveaux chantiers. Elle a enfin fourni d’innombrables techniciens et ingénieurs, de professeurs et de lettrés, de militaires et d’hommes politiques qui ont servi le régime, sans renier ni leurs origines ni leur langue maternelle. Ce n’est pas par hasard si, en dehors de cette zone regroupant une centaine de villages près de la frontière méridionale, la ville qui comptait le plus grand nombre de membres de cette minorité était Tiranë.
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. Après la chute du communisme, les minoritaires grecs sont redevenus propriétaires de leurs terres et pu rouvrir leurs églises, avec l’aide de la Grèce. Ils ont pu également se déplacer en terre hellène pour retrouver leurs familles et leurs proches ou encore pour travailler, espérant faire fortune. En revanche, ils ont du découvrir l’autre face de la médaille : qu’ils sont de véritables grecs tant qu’ils demeurent en Albanie car, une fois en Grèce, ils sont considérés comme des réfugiés venus de l’autre coté du monde.
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. La seconde minorité de pays est celle macédonienne qui vit dans une dizaine de petits villages aux environs du lac Prespë e Vogël (Mali Prespa) du district de Korçë et de Devoll, ainsi qu’autour de la ville de Peshkopi, plus au Nord. La première zone correspond à un morceau de territoire cédé par l’État hellène en 1922, suite à la décision prise par la Conférence des Ambassadeurs, visant à rectifier des frontières albanaises, tandis que la seconde est le prolongement naturel de la population slavophone qui vit à Gora, actuellement incluse au Kosovë. Cela explique également l’appartenance confessionnelle de ces populations : les macédoniens de Prespë sont des chrétiens orthodoxes tandis que les gorani de Golloborda sont exclusivement des musulmans. Les sources officielles albanaises parlent d’environ 5.000 personnes d’origine macédonienne (note 3), repartis entre Prespë et Dibër. En contrepartie, les autorités de Skopje, se référant à des sources non identifiées européennes, avancent le chiffre de 30.000 personnes - une estimation toutefois obtenue indirectement. Récemment, des représentants des associations macédoniennes sur place, tout en admettant qu’en matière de droit l’État albanais reconnaît beaucoup plus que leurs voisins grecques ou bulgares, regrettent le fait qu’il ait confiné la reconnaissance de cette minorité sur une aire géographique restreinte de Prespë. Faisant écho de l’attitude du gouvernement macédonien et des déclarations du Premier ministre nationaliste Georgievski, ils n’hésitent plus à affirmer publiquement que sur le territoire albanais vivent quelque 350.000 macédoniens ethniques, dont 20.000 seulement à Tirana et des dizaines de milliers à Korçë, à Elbasan ou ailleurs. Étrangement, ces allégations peu scrupuleuses ressemblent à celles des lobbies vorio-épirotes et paraissent avoir un seul but : donner une monnaie d’échange aux revendications de la population albanaise en Macédoine.
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. Enfin, quelques centaines de personnes d’origine monténégrine ou serbe réside encore dans la ville de Shkodër et à Vrakë sur les berges du lac, tout près de Monténégro. Leur nombre a fortement chuté après le rapatriement de plusieurs d’entre eux en Yougoslavie, dès le début des années 90.
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. Parmi les autres minorités, qualifiées de dispersées, la plus nombreuse et la plus intégrée est celle Aroumaine ou Valaque, proche des actuels Roumains. Présente depuis au moins quatre siècles dans cette partie des Balkans, cette ancienne population semi-nomade, vivant jadis de l’élevage, a été sédentarisée au point de devenir partie intégrante de la population locale. Pourtant, elle n’a jamais manqué de références culturelles ou linguistiques et encore moins, de références historiques. Il suffit de se rappeler la décision du Sublime Porte en 1905 de reconnaître un millet Aroumain ; de se souvenir de ces hommes d’affaires, de lettres ou de science aroumains, de « ces parfaits citoyens des Balkans, capables de préserver leur culture sans avoir besoin de recourir à la guerre ou à la politique, à la violence ou à la malhonnêteté »(note 4).
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. Combien d’Aroumains vivent sur le territoire albanais ? Des témoignages récents émanant du milieu aroumain affirment que la communauté valaque d’Albanie est la deuxième des Balkans par son nombre et avoisine les 100.000 personnes. D’autres avancent l’hypothèse qu’ils sont davantage : entre ceux qui ne savent même pas qu’ils appartiennent à cette communauté et les autres qui le savent mais qui ne connaissent pas un traître mot en aroumain, cela devait donner à peu près 200.000 individus (5). Les Valaques – ou les Çoban (les Bergers), selon l’appellation locale - sont pratiquement concentrés dans le Sud du pays : dans une large zone allant de Pogradec à Ersekë, en passant par Korçë, de Përmet à Sarandë, passant par Gjirokastër ainsi que dans la bande littorale allant de Vlorë à Durrës et passant par Fier, Lushnje et bien entendu, à l’inévitable Tiranë. À cause de leur religion orthodoxe et de leur aire de répartition près de la frontière avec la Grèce, ils sont souvent décomptés comme des grecs par l’Athènes officielle tandis que, pour les autorités albanaises il n’a jamais existé un problème valaque. Selon le point de vue officiel, les Aroumains sont simplement des citoyens albanais de nationalité albanaise, malgré leur « hobby » de parler de temps à autre une langue qui ressemble étrangement au Roumain. Il faut savoir qu’en matière de minorités nationales, la politique des autorités albanaises a inévitablement suivi la pratique marxiste (note 6). L’existence de telles minorités est envisageable seulement s’il s’agit des citoyens nationaux qui se disent appartenir à une communauté de langue et de culture distincte, montrant des caractéristiques d’un groupe humain homogène et assez nombreux ; cette communauté doit être attachée à un territoire adjacent à un État voisin dont la population nationale paraît en lien avec cette communauté. Vu ainsi, les Grecs d’Albanie étaient censés constituer une minorité nationale, tout comme les Macédoniens ; ce n’était pas le cas pour les Aroumains qui n’avaient ni l’homogénéité requise, ni une langue standard et encore moins un lien fort avec une nation voisine.
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. Seulement après la chute du système totalitaire communiste, les Aroumains (Valaques) ont pu s’organiser aux seins des premières associations d’ordre culturel, au nom d’une identité aroumaine. L’État post-communiste albanais les a enfin reconnus en tant que minorité(note 7) distincte tandis que la Roumanie, dans un élan de patriotisme, leur promettait des bourses d’études aux dépens du gouvernement roumain, à condition de faire prévaloir leur origine valaque. Jugé aux limites de l’ingérence par Tiranë, ce projet a du être vite abandonné. Malgré cela, ce qui leur fait cruellement défaut est justement cette identité : tandis qu’une partie d’entre eux se définissent comme des Albanais, ayant des références aroumaines, l’autre partie se départage entre les Aroumains pro-Grecs et les Aroumains pro-Roumains, la différence venant principalement du fait qu’ils auraient choisi la voisine Grèce pour travailler ou la lointaine Roumanie comme lieu d’études pour leurs enfants.
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. La minorité la plus ignorée et la plus disparate est sans doute celle des Roms. Elle vit sur le sol albanais depuis des siècles, les premiers témoignages remontant au XVème siècle. Connus sous différents noms locaux, souvent péjoratifs (gabel, magjyp, arixhi, kurbat, katal ou qifto), elle est installée dans la périphérie des villes de Tiranë, Durrës, Elbasan, Gjirokastër ou Korçë, souvent dans des quartiers à part, ainsi que dans plusieurs villages de la plaine de Myzeqe, près de Fier, ou de Berat. Les Roms se regroupent au sein de quatre tribus principales : les Meckari, Kabuzi, Kurtofi et Cergari, (note 8) sous le nom de cette dernière s’identifiant en effet deux tribus différentes : les “Shkodrans” et les “Besaqe Roma”. Sur le territoire albanais vit autre groupement humain proche des Roms, les Jevgs, qui partage le même sort et le même traitement discriminatoire passif mais qui refuse de se confondre avec les premiers. Selon les spécialistes, il s’agit d’un groupement humain d’origine égyptienne, voire copte, venue dans les Balkans depuis les premiers siècles de notre ère. Il est difficile de chiffrer ces deux minorités, les estimations donnant une fourchette allant de 10.000 à 150.000 membres (note 9). Durant leur longue existence sur le sol albanais, les Roms ont généralement vécu dans une cohabitation assez pacifique avec le reste des groupes ethniques et n’ont pas connu des graves persécutions à cause de leur origine. Ils furent épargnés même durant les années de la Seconde Guerre mondiale, lorsque leurs semblables étaient traqués partout en Europe et ramenés de force dans les camps de concentrations nazis.
. Les Roms n’ont jamais été reconnus en tant que minorité ethnique durant les recensements de la population. Seulement à partir de 1989 et à leur propre demande, une partie de la communauté Rom a été recensée comme faisant partie des « autres », dans la liste des nationalités présentes sur le territoire. Actuellement, les Roms sont une minorité légalement reconnue, sans pour autant faire figure d’une minorité admise publiquement. Ils souffrent encore d’une « image déficiente », forgée de méfiance, voire de méprise, et aggravée par leur faible degré de sociabilité.
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. Enfin, la plus discrète est la petite communauté juive, vieille de quelques siècles et forte de quelques centaines de personnes, concentrée à Tiranë et à Vlorë. Très prudente, elle a pu survivre durant les années d’occupation fasciste et nazie, puis se fondre dans le décor durant les années du communisme. Entre 1991 et 1992, toute cette communauté prit la route d’Israël, suivant l’appel de l’État Hébreu, bien entendu avec le consentement des autorités locales. .
. Après cette longue revue des minorités vivant sur le territoire albanais, l’estimation initiale de 5 à 6% devient hautement circonspecte pour ne pas dire fausse. Il suffit de faire les comptes ! Au pire des cas, il s’agit de 400.000 sinon davantage de Grecs, de 350.000 Macédoniens, de 200.000 Aroumains, de 150.000 Roms et Jevgs ainsi que de quelques milliers d’autres groupes mineurs : au total 1.100.000 habitants de ce cher pays, soit un bon tiers de la population. Mis à part la moitié des Roms, tous sont de confession chrétienne orthodoxe et vivent dans la partie méridionale. Que faire alors de ce chiffre de 20% d’orthodoxes qui ressort régulièrement durant les estimations sur la population ? Y a-t-il quelqu’un sur place qui pourrait être chrétien orthodoxe et Albanais de souche à la fois ? Il faut toutefois s’estimer heureux que les Turcs ne soient pas de la mêlée au nom d’une quelconque identité musulmane car, il fallait se munir d’une lanterne, à l’exemple de Diogène le cynique, afin de chercher l’Albanais !
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. Le dernier regard se place dans l’inévitable grille d’analyse de la participation des minorités nationales au jeu du pouvoir politique. Il est désormais admis comme un postulat que le succès des communistes auprès la population méridionale durant la Seconde guerre a été en grande partie facilité grâce à l’adhésion massive des minorités nationales. C’était le cas des Aroumains, des Macédoniens mais aussi des Grecs qui apportèrent non seulement leur soutien mais également leurs meilleurs éléments. Il suffit de regarder la composition des instances dirigeantes du PCA durant la guerre : un Koçi Xoxe venant des contrées grecques de Negovani, d’origine albano-macédonienne, un Nako Spiru né à Durrës de parents aroumains ou encore un Spiro Koleka venu d’Himarë, réputée grecque.
. La tradition se perpétue par le PTA après la guerre : à la place de Xoxe qui finit au bout d’une corde ou de Spiru qui se donna la mort, d’autres jeunes aroumains et macédoniens montent les marches – à cotés d’un Koleka qui paraît éternel. Il est désormais incontestable qu’un quart, voire un tiers du Bureau Politique soit composé de minoritaires. Est-ce à cause de leur cruauté particulière, si prisée par les communistes qui l’utilisèrent pour soumettre le peuple albanais – comme certains acclament (note 10) ? Le terrain paraît hautement glissant car, malgré ce sentiment anticommuniste naturel voire congénital qu’un homme de lettres puisse avoir, il existe une certaine tradition qui dépasse les clivages politiques et les considérations idéologiques.
. Même si l’on a déjà oublié que l’un des pionniers de la Renaissance Nationale fut Naum Veqilharxhi, que l’auteur de l’hymne national fut Asdreni, qu’un certain Fan Noli, à son époque premier archevêque de l’Église autocéphale albanaise puis Premier ministre – tous étaient plutôt aroumains qu’albanais, il suffit d’avoir en vue une réalité présente post-communiste. Peut-on utiliser ce critère de « cruauté particulière » pour interpréter le fait qu’un ancien Premier ministre comme Nano vient d’un milieu proche de la minorité grecque ; que l’autre ancien Premier ministre Majko ne peut pas cacher ses références aroumaines – et que tous les deux ont juré fidélité devant le Président Moisiu – lui aussi « pur » aroumain ?
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. (1) James PETTIFER – Greek Minority in Albania in the Aftermath of Communism – A New Ruling Elite ?, Conflict Studies Research Centre, G 97, July 2001.
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. (2) Voir sur ce sujet et sur les autres minorités nationales en Albanie, l’opinion de l’État albanais dans : United Nations (International Convention for the Elimination of all Forms of Racial Discrimination CERD) - – Repports Submited by States Parties Under Article 9 of the Convention – Addendum Albania : CERD/C/397/Add.1, march 2003.
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. (3) Voir à ce sujet : RAPPORT soumis par l’Albanie au Conseil d’Europe conformément à la Convention - Cadre pour la Protection des Minorités Nationales – juillet 2001.
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. (4) David BINDER – Vlachs : a Paceful Balkan Peuple, Mediterranean Quarterly, 15. 4, 2004.
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. (5) Stephanie SIEVERS – SCHWANDNER – The Albanian Aromanians’ Awakening :Identity Politics and Conflicts in Post-Communist Albania, European Center for Minority Issues, ECMI Working Paper nr. 3, March 1999.
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. (6) Vu sa nature délicate, la question des minorités nationales ou ethniques n’a jamais constitué un débat public. Le point de vue des communistes albanais était tiré des conclusions staliniennes, formulées dans l’œuvre célèbre « Le marxisme et la question nationale » où les minorités étaient considérées comme des prolongements des populations nationales, vivant dans les états voisins. Il correspond d’ailleurs avec la pratique yougoslave des narodnost – nationalités, selon laquelle les Albanais du Kosovë ou encore les Hongrois de la Voïvodina ne pouvaient pas être considérés comme des peuples constitutifs de la Fédération, justement à cause des liens avec les États voisins dont ils étaient en quelque sorte une émanation.
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. (7) Cette subtilité dans les expressions minorité nationale et minorité ethnique a été effacée par l’Europe qui, toutefois, a eu toutes les peines du monde pour pouvoir donner une véritable définition du terme équivalent. Malgré le fait que, une notion unique est désormais utilisée dans divers documents internationaux, notamment dans la Convention-cadre du Conseil de l'Europe pour la protection des minorités nationales (ouverte à la signature depuis 1995), elle est loin de faire l’unanimité. Selon la Recommandation 1201, adoptée le 1er février 1993 par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, l'expression « minorité nationale » désigne un groupe de personnes dans un État qui : a) résident sur le territoire de cet État et en sont citoyens ; b) entretiennent des liens anciens, solides et durables avec cet État ; c) présentent des caractéristiques ethniques, culturelles, religieuses ou linguistiques spécifiques ; d) sont suffisamment représentatives, tout en étant moins nombreuses que le reste de la population de cet État ou d'une région de cet État ; e) sont animées de la volonté de préserver ensemble ce qui fait leur identité commune, notamment leur culture, leurs traditions, leur religion ou leur langue.
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. (8) Pour plus de détails sur la minorité Rom voir le rapport : Roma of Albania Minorities of Southeast Europe - Center of documentation and information on minorities in Europe - Southeast Europe. Dans : http://www.greekhelsinki.gr/english/reports/CEDIME-Reports-Minorities-in-Albania.html
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. (9) Si les Roms sont considérés comme des descendants des tribus nomades originaires de l’Inde, venu d’Asie avant les Turcs, les Jevgs se considèrent comme des descendants des émigrés coptes, venu d’Egypte au quatrième siècle. Le principal lien entre ces populations réside dans le fait que l’Albanais simple fait peu de différence entre eux, les appelant souvent du même nom commun Jevg qui en général est dépourvu de connotation péjorative. En effet, si les Roms utilisent leur propre langue commune, le Romani, qui connaît quelques dialectes, les Jevgs s’expriment en albanais, faute d’avoir une langue distincte. Quant à leur données démographiques, si les universitaires de Maryland affirment qu’ils sont entre 10.000 et 120.000, le MRGI (Minority Rights Group International, 1995) estime le nombre des Roms de 90.000 à 100.000 personnes, le Département d’Etat des Etats Unis affirme qu’ils sont 100.000, tandis que des sources Roms avancent des chiffres compris entre 80.000 et 150.000 personnes. Voir sur le sujet : European Roma Rights Center – No Record of the Case : Roma in Albania. Country Report Series, n° 5, june 1997.
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. (10) Voir : Ismail KADARE - Printemps albanais Chronique, lettres, réflexions. Éd. Fayard, 1994.
 
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